Page 21 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_02

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une ressource naturelle à la disposition des humains. Les mystères sont remplacés par des
problèmes et les mythes par les lois de la nature.
La conception naturaliste va de pair avec la connaissance scientifique, l’invention technique et
l’exploitation industrielle. Paradoxalement, les environnementalistes occidentaux contemporains
sont naturalistes dans le sens de Descola : vouloir protéger la nature, c’est présupposer son
existence séparée et trouver un raisonnement qui rend possible et souhaitable la protection
intégrale de certains écosystèmes.
Laissons Descola (2010) conclure cette partie : « …
même si la solution que nous voudrions pour
l’avenir, une solution différente de vivre ensemble à la fois entre humains, mais aussi entre les
humains et les non-humains, n’existe pas encore, nous avons au moins l’espoir, puisque d’autres
l’ont fait avant nous dans d’autres civilisations et d’autres sociétés, de pouvoir inventer des
manières originales d’habiter la terre. Puisque toutes ces solutions ont été imaginées par des
hommes, il n’est pas interdit de penser que nous pourrions imaginer de nouvelles façons de vivre
ensemble, et peut-être de meilleures
» (p. 39).
Les distinctions évoquées plus haut amènent à envisager maintenant les discours portant sur
l’éthique de l’environnement, c’est-à-dire sur la façon dont on envisage à travers le monde
comment il convient d’agir dans, sur ou avec la nature.
1.3 Éthique de l’environnement
Il est généralement reconnu (Beauchamp, 1993, Ganoczy, 1995, Des Jardins, 1995, Larrère,
2006, Huybens, 2010, etc.) que trois modèles permettent d’expliciter différentes conceptions de
l’éthique des interventions dans la nature.
Le modèle anthropocentrique
sépare l’homme (sujet) et la nature (objet) et met la nature au
service de l’humain, maître absolu ou intendant. Dans le modèle économique classique, l’humain
est maître absolu de la nature : il peut la soumettre à tous ses besoins sans contrepartie. Ce
modèle a permis le développement de l’agriculture, des sciences et des technologies et laisse
une empreinte environnementale démesurée parce que la nature est un objet exclu du champ de
l’éthique.
Dans la pensée du développement durable, l’humain devient plus un intendant : il doit pouvoir
satisfaire ses besoins dans la nature et laisser aux générations futures des écosystèmes
pourvoyeurs de tout ce dont elles auront besoin.
L’éthique en lien avec la nature est utilitariste : il s’agit de maximiser les conséquences positives
pour l’humain au moindre coût, parfois y compris pour la nature, mais de manière récente
seulement avec le développement durable. Ce modèle éthique conduit à anthropiser la nature : la
rendre apte à répondre aux besoins humains.