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Partie de rien, la surface en hévéa au Laos est estimée à près de 300 000 ha, pour l’essentiel pas
encore productive en 2012; le pays reste un acteur insignifiant sur le marché mondial
23
. Le Laos
ne dispose pas d’avantage comparatif à la production de caoutchouc naturel, du fait d’une saison
sèche très marquée et fraîche, de son enclavement et d’un réseau de communication défaillant
impliquant des coûts de transport élevés. La production lao, encore hypothétique, sera difficile à
commercialiser les années d’offre excédentaire sur le marché mondial. À ces risques
commerciaux s’ajoutent les problèmes socio-économiques posés par la restriction du rôle des
paysans à un salariat à temps partiel ou à une contractualisation léonine dépendante d’un
acheteur disposant d’un monopole de longue durée, négocié avec les autorités locales. Enfin, les
plantations commerciales ne constituent pas une solution miracle aux problèmes
environnementaux dans les montagnes du Laos. Le défrichement de formations secondaires, en
rotation dans l’agriculture d’abattis-brûlis, pour planter de l’hévéa est éligible aux mécanismes
REDD+, puisqu’il s’agit formellement de convertir des surfaces agricoles ou « dégradées » en
plantations forestières (FAO, 2011, Fox et al., 2011). Cependant, la biodiversité d’une plantation
monospécifique, voire monoclonale, d’
Hevea brasiliensis
, est incomparablement plus pauvre que
celle des formations secondaires de friche (Rerkasem et al., 2009.; Ziegler et al., 2009). Le
stockage de carbone des plantations d’hévéa ou de palmiers à huile ne représenterait que 40 %
de celui des formations secondaires âgées (Chaplot, 2010, Bruun et al., 2009). La transition
agraire promue par l’État lao s’avère économiquement risquée pour les anciens essarteurs, tout
en ne délivrant pas les services environnementaux attendus.
Une autre transition agraire?
L’expérience de la cardamome à Phongsaly
En parallèle aux plantations monospécifiques obligatoires développées par les services locaux de
l’agriculture, un projet de développement implanté à Phongsaly a proposé une approche moins
directive pour la production de la cardamome médicinale
24
(figure 30). L’ambition du projet était
d’inciter les paysans à mettre en culture cette plante, spontanément présente et cueillie dans les
forêts locales. La culture, récente à Phongsaly, est ancienne en Chine, notamment dans le
Xishuangbanna (Yunnan), où elle devint à partir des années 1960 une production majeure pour
l’économie agricole locale (Zhu et al., 1991)).
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La surface plantée en hévéa au Laos est équivalente à 2 % de la surface mondiale en production en
2011, alors que la Thaïlande et l’Indonésie, les deux premiers producteurs mondiaux, comptent pour
55 % de la surface mondiale (source : FAOSTAT).
24
Amomum villosum et autres Amomum spp. (Kusters et Belcher, 2004).