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villageois disposent de terres en abondance et ne veulent pas attendre une meilleure opportunité
de développement.
Les prix élevés du caoutchouc naturel et de l’huile de palme durant les deux dernières décennies,
ont induit un développement rapide des plantations dans la région, et un fort développement
économique accompagné d’une nette amélioration des conditions de vie des populations locales.
Les agriculteurs ont pu et peuvent envoyer leurs enfants au lycée et même à l’université. Un
nombre croissant de diplômés reviennent aujourd’hui dans leurs villages, ou dans leur district,
pour occuper des postes d’instituteurs, de pharmacien, ou d’infirmière. La période actuelle
marque ainsi une étape majeure de la transition agraire dans la région, avec une forte
augmentation de la proportion de population non-agricole. Sortir de l’agriculture est perçu comme
une réussite sociale et est associé dans l’imaginaire collectif à une vie plus moderne et au confort
urbain. Cette évolution de la société, combinée à un revenu agricole croissant à l’hectare,
représente une opportunité de réduction de la pression sur la terre et sur la forêt.
Le palmier à huile, une opportunité de diversification des sources de revenus
Trois grandes catégories de facteurs expliquent pourquoi les paysans choisissent de planter du
palmier à huile :
La valorisation économique et le retour sur investissement de la plantation sont élevés. La
comparaison des valorisations de la terre
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pour des cultures pérennes et la riziculture inondée
aux prix élevés de juillet 2008 démontre la rentabilité largement supérieure des plantations par
rapport aux faibles résultats économiques de la riziculture locale (Tableau 1). Ainsi la valorisation
moyenne de la terre des petites plantations sur l’ensemble d’un cycle de production (et en
prenant en compte les coûts d’installation) s’élève à 2100 €/ha pour du palmier à huile, 2600 €/ha
pour de l’hévéa à haut rendement (clones de variétés améliorées), 1100 €/ha pour une agroforêt
à hévéa (le détail des revenus dégagés à l’hectare en fonction de l’âge des plantations est
présenté Figure 34). En comparaison, la valorisation moyenne de la terre d’une rizière est
seulement de 200 €/ha. La comparaison de la valorisation du travail est encore plus explicite,
avec en moyenne sur le cycle de production un retour de 36 €/homme-jour pour le palmier,
18 €/homme-jour pour de l’hévéa à haut rendement, 21 €/homme-jour pour une agroforêt à hévéa
(Tableau 1 et Figure 35), contre moins de 2 €/homme-jour pour du riz inondé (Feintrenie et al.
2010 b). Un autre indicateur économique expliquant les choix des agriculteurs est la surface
maximale cultivable par un adulte. Durant la période productive des plantations, un adulte peut
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La valorisation de la terre est la valeur ajoutée nette générée par un hectare du système d’activité sur
une année ; la valorisation du travail est égale à la valorisation de la terre divisée par le nombre de jours
de travail (en homme-jour, c’est-à-dire 8 heures de travail d’un adulte) pour un hectare sur une année ;
la surface maximale cultivable par une personne est calculée en divisant le nombre d’heures de travail
disponibles par mois par le nombre d’heures de travail requis par le système d’activité lors du mois le
plus chargé. La disponibilité en travail est estimée à 8 heures de travail par jour 21 jours par mois, soit
168 heures/mois.
Pour les plantations, les indicateurs économiques sont calculés pour chaque phase de production, et
sont ensuite représentés sur des graphes en fonction de l’âge de la plantation. La valorisation de la
terre moyenne sur tout le cycle, prenant en compte les frais d’installation dans le calcul des
amortissements, est appelée valeur actuelle nette. Cet indicateur est utilisé pour comparer la rentabilité
des différentes plantations.