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Les gouvernements du district, de la province et d’Indonésie sont en parfait accord avec les
priorités locales : leurs politiques visent au développement économique avant tout, et à la
conservation de l’environnement seulement dans un deuxième temps.
Préserver les agroforêts, pour louable que soit l’idée, signifie également maintenir sciemment des
populations à un niveau de vie bas en les coupant des opportunités d’intensification, ou à les
payer (REDD, PSE) afin qu’elles maintiennent des pratiques peu productives tout en améliorant
leur niveau de vie. Les populations rurales et forestières ne rêvent pas de rester isolées dans un
environnement naturel, ni de maintenir à tout prix leurs coutumes et modes de vie. Les parents
rêvent d’envoyer leurs enfants à l’école voire à l’université, et de leur offrir une vie meilleure,
souvent associée à un habitat citadin et un travail hors de l’agriculture. Puisque ce souhait va
dans le sens d’une baisse de la pression foncière agricole, pourquoi ne pas suivre cette voie? Les
ressources financières dégagées par la dynamique REDD pourraient servir à détourner les
populations rurales de l’agriculture, en développant des opportunités d’emploi non agricole, et en
promouvant l’éducation des enfants d’agriculteurs.
La croissance démographique mondiale entraine une augmentation des besoins alimentaires et
énergétiques, et conséquemment de la pression foncière. La demande en huile, à la fois pour la
consommation alimentaire et comme matière première industrielle ou biocarburant, va continuer à
augmenter avec la population mondiale et la croissance économique des pays émergeants. Le
palmier à huile est la plante oléagineuse la plus productive à l’hectare, et l’engagement du
secteur industriel permet des progrès rapides dans l’amélioration variétale de cette culture. Il ne
s’agit donc pas de s’opposer au développement du palmier à huile, mais de contraindre les
acteurs du secteur – industriels, petits planteurs, gouvernements, consommateurs – à une
production respectueuse de l’environnement et équitable envers les petits producteurs.
Deux modèles de développement se présentent : (i) l’intensification des zones de culture les plus
fertiles et la préservation des zones plus marginales au profit de la conservation de la
biodiversité, du stockage du carbone et du maintien de l’ensemble des services écosystémiques
de ces espaces, ou (ii) la production des services écosystémiques par des systèmes
agroforestiers. Les agroforêts sont moins productives que les monocultures, et moins efficaces
que les forêts en ce qui concerne la conservation de la biodiversité et le stockage du carbone.
Pour répondre aux besoins globaux à venir, les surfaces en systèmes agroforestiers devraient
être fortement augmentées. Les monocultures, à la fois plantations et cultures annuelles, sont
beaucoup plus productives. De plus, les recherches en amélioration variétale actuelles
promettent de nouvelles augmentations des rendements. Aussi la promotion de systèmes de
culture peu productifs n’est pas nécessairement la solution à la conservation des forêts, de la
biodiversité, ou même au stockage de carbone.
Un modèle intermédiaire peut être envisagé, combinant des systèmes de monoculture très
productifs à des forêts et des agroforêts dont la principale fonction ne serait pas la production
agricole, mais la production de services écosystémiques. L’aménagement du territoire de manière
à concentrer la production sur les aires fertiles et à préserver les zones à haute valeur de