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4.4 Régénération naturelle assistée et cultures sous parcs
arborés dans les régions de l’Afrique soudano-sahélienne
Sébastien BAINVILLE
., Montpellier Sup Agro, Email :
sebastien.bainville@supagro.inra.fr
Introduction
En Afrique soudano-sahélienne, on s’interroge de plus en plus sur la capacité de l’agriculture à
répondre aux besoins vivriers et monétaires d’une population en rapide croissance. Cette
inquiétude se double d’interrogations sur la durabilité des systèmes de production agricole :
déboisement exagéré, insuffisante couverture végétale des sols, trop faible valorisation des
résidus de culture et déjections animales, surpâturage des terres de parcours, etc.
Aussi de nombreuses initiatives travaillent à diffuser des techniques susceptibles de relever ces
nombreux défis. C’est notamment le cas des projets de Régénération Naturelle Assistée (RNA)
qui visent à reboiser les campagnes. Mais plutôt que d’imposer des plantations d’essences
exotiques à croissance rapide pas toujours adaptées aux écosystèmes locaux (les plantations
d’eucalyptus en sont le meilleur exemple), ces projets s’attachent, en étroite concertation avec les
communautés paysannes, à préserver la végétation spontanée sans gêner les activités agricoles.
Une partie du finage peut ainsi être mise en défend de façon à laisser la savane arborée (appelée
communément « brousse ») se régénérer; ou bien les agriculteurs peuvent être incités au
moment des défriches à laisser quelques rejets sur les souches pour qu’ils poursuivent leur
croissance. La RNA contribue ainsi à protéger les terres de culture de l’érosion éolienne et
hydrique, à en améliorer la fertilité, à réduire l’évapotranspiration tout en assurant une production
de bois de chauffe et de fourrage.
Il est cependant surprenant qu’aussi bien dans leur promotion (Kagembèga-Müller, 2009), que
dans leur évaluation (Marou Zarafi
et al
. 2002) ces projets insistent autant sur la sensibilisation ou
la formation les agriculteurs à la gestion des ressources naturelles. L’histoire récente montre
pourtant que dans certaines régions soudano-sahéliennes, les agriculteurs ont, de leur propre
initiative, mis en œuvre des systèmes de culture sous parcs arborés tout à fait similaires aux
techniques promues par la RNA. C’est peut-être dans les régions cotonnières du Mali-sud ou du
Burkina Faso, ou encore dans certains villages du bassin arachidier du Sénégal que ces
évolutions ont été les plus marquées. Revenir sur l’origine historique de ces systèmes de culture
s’avère utile pour comprendre les conditions de leur émergence et identifier les moyens
nécessaires à leur diffusion.
Dans toutes ces régions, les politiques agricoles mises en œuvre au moment des indépendances
pour promouvoir les productions destinées à l’exportation ont joué un rôle majeur. Leur mise en
œuvre puis leur abandon progressif depuis les années 90 ont profondément marqué les
dynamiques agricoles.