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fertilisation passe avant tout par les engrais de synthèse et la simplification des assolements
entraîne un recours croissant aux intrants chimiques et depuis peu aux semences génétiquement
modifiées comme le cotonnier Bt désormais autorisé au Burkina Faso.
L’installation de ce type d’exploitations est en effet encouragée par la plupart des États de la
sous-région (Sénégal, Mali, Burkina) pour lesquels il s’agit d’un moyen de moderniser rapidement
l’agriculture.
Pourtant, on peut aussi s’inquiéter des effets de tels investissements sur la durabilité de
l’agriculture ouest-africaine. Les systèmes de production les plus à même de rentabiliser le capital
sont bien loin des pratiques paysannes et leur impact environnemental pose question, de même
que les effets sociaux d’une moto-mécanisation prématurée dans des pays où de 50 à 70 % de la
population active dépend encore de l’agriculture.
Ces transformations foncières en cours constituent peut-être l’obstacle majeur à l’extrapolation de
ces nouveaux systèmes de production et représentent les véritables objets d’inquiétude.
Conclusion
Au cours des dernières décennies, de nombreuses familles paysannes n’ont donc cessé de
protéger des arbres, de reconstituer des espaces de brousse et parfois même de planter de
véritables vergers. Les techniques susceptibles d’assurer à la fois la durabilité des systèmes de
production agricole et la sécurité alimentaire des populations existent et sont bien souvent
connues des paysans. Ce n’est donc pas tant les connaissances qui font défaut aux agriculteurs
qui aujourd’hui ne pratiquent pas ces systèmes de production, mais les moyens de les mettre en
œuvre.
Il est urgent de doter toutes les familles, y compris les plus modestes, des moyens leur
permettant de pratiquer des systèmes de cultures continues et de ne plus procéder à des
défriches qui seraient aujourd’hui très préjudiciables. Encore 15 à 20 % des agriculteurs du Mali-
sud par exemple ne disposent pas de la traction attelée et n’ont plus accès au moindre crédit
agricole (DPCG, 2004).
Une révision complète des politiques agricoles est donc nécessaire, mais il ne faudrait pas se
tromper de cible et s’adresser aux agriculteurs qui ont effectivement intérêt à mettre en œuvre
ces systèmes de production intensifs en travail combinant intimement agriculture et élevage. Il ne
faudrait en effet pas confondre leur besoin d’investissement avec l’installation d’investisseurs.
Au contraire des paysans traditionnels, les investisseurs cherchent avant tout à rentabiliser leurs
équipements et des systèmes de production et de culture très spécialisés, ils sont donc peu
intéressés à la polyculture élevage, sans laquelle les actuels projets de RNA ont peu de chance
d’aboutir.