Chapitre 1 – La forêt dans tous ses états
P o i n t s d e r e p è r e
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La mondialisation, qui s’amplifie depuis la fin des années 1980 soutenue
par la financiarisation de l’économie et la dématérialisation accélérée des flux
monétaires, crée pour sa part des pressions par l’accaparement des terres et
l’augmentation de la demande pour les commodités (minéraux, pétrole, bois
d’œuvre) en particulier dans les pays émergents. Cette demande, motivée par
la recherche de bas prix pour les ressources, entraîne une pression accrue
sur le changement de vocation des terres et incite à des modes d’exploita-
tion non durables des ressources renouvelables pour la satisfaction du profit
immédiat par des entreprises transnationales qui ne sont redevables qu’à leurs
actionnaires.
Cela est particulièrement pernicieux dans le domaine des forêts tropicales
où d’immenses surfaces sont transformées en plantations de palmiers à huile
ou d’hévéas ou encore en terres soumises à une agriculture intensive pour la
culture de soja, de colza ou de canne à sucre pour produire des commodités
destinées aux biocarburants ou à l’engraissement du bétail pour les marchés
des pays développés ou émergents. Les forêts naturelles remplacées par des
plantations arborées ne sont d’ailleurs pas considérées comme déforestées
dans le bilan de la FAO, même si elles perdent à toutes fins utiles la majorité
de leurs fonctions écologiques et les services qui en dépendent.
Entre 1970 et 2010, le produit mondial brut a plus que triplé et l’OCDE
prévoit qu’il quadruplera d’ici 2050. Cela se traduira par une demande accrue
de ressources énergétiques, minérales, de nourriture, de bois, etc. Si on ajoute
à cela une consommation mondiale croissante de viande qui pourrait dou-
bler d’ici 2050, ce qui reflète l’appétit croissant pour des produits carnés
qui accompagne l’enrichissement, le besoin de terres agricoles sera encore
augmenté pour passer de 1574 milliards d’hectares en 2000 à 3152 milliards
d’hectares en 2050. Cette tendance exerce une force négative sur les forêts
tant au niveau des superficies agricoles exigées pour nourrir les animaux ou
produire des agrocarburants que pour la demande de pâturages qui sont sou-
vent fragilisés et dégradés par des pratiques inadéquates en zone tropicale.
Ces phénomènes devraient contribuer à augmenter les sources d’émis-
sions de gaz à effet de serre portant, si la tendance se maintient, la concentra-
tion de CO
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à un niveau de 685 parties par million en 2050 en l’absence d’un
accord contraignant mondial mis en œuvre rapidement; cette concentration
dépasserait largement la limite de 450 parties par million jugée limite à ne pas
dépasser au vingt-et-unième siècle par le GIEC pour éviter des changements
climatiques dangereux.
Les changements climatiques sont causés d’abord par l’augmentation
soutenue des gaz à effet de serre résultant de la consommation de carburants
fossiles (charbon, pétrole et gaz) pour la production d’électricité, le transport,
l’industrie et le logement, et ils constituent une autre force directrice suscep-
tible d’occasionner des pressions sur les forêts mondiales. Comme l’indique