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Chapitre 3 – Les services d’appui et de régulation
P o i n t s d e r e p è r e
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La cartographie des pertes récentes de couvert forestier identifie les
zones où la déforestation est la plus susceptible de se produire dans un proche
avenir. Ce sont aussi les zones dans lesquelles il serait le plus urgent d’entamer
des projets de REDD+. Ce type d’analyse spatiale peut être utile à plusieurs
égards pour s’assurer que la mise en œuvre du REDD+ entraîne de multiples
bénéfices. On peut par exemple l’utiliser dans le développement de politiques
sociales et environnementales à l’échelle nationale, en éclairant les analyses
coûts-bénéfices du REDD+ ou simplement en s’en servant pour la commu-
nication de la portée des bénéfices multiples du REDD+. Ces analyses pour-
ront être raffinées lorsque de meilleures données sur les stocks de carbone
dans la biomasse et sur les services écosystémiques seront disponibles.
Cette étude montre que l’économie verte, pour rendre justice aux services
des écosystèmes, devra se baser sur des évaluations scientifiques de haute
qualité qui pourront être réalisées grâce à des moyens techniques sophisti-
qués, mais permettront de choisir les solutions les plus attrayantes eu égard
aux bénéfices multiples qui peuvent être escomptés d’un projet. Il faudra sans
doute, pour soutenir les efforts des pays en développement à cet égard, que
la Francophonie favorise la coopération internationale dans le domaine de la
télédétection et de l’analyse spatiale.
L’étude de cas rédigée par Alain Karsenty, économiste au CIRAD, pré-
sente une réflexion sur les limites du REDD+. Bien que ce mécanisme ait
fait son chemin depuis la conférence de Bali (2008) jusqu’à celle de Durban
(2011), la question de la « déforestation évitée » constitue toujours l’un des
dossiers délicats des négociations climatiques, qui doivent proposer un régime
« climat » post-Kyoto. Mécanisme de marché « récompensant » les acteurs, ou
fonds permettant de financer des réformes s’attaquant aux causes, le débat
n’a pas été tranché par la récente conférence de Durban  : les deux options
figurent comme des options possibles dans le texte sur la REDD+.
Les projets forestiers sont relativement complexes à mettre en œuvre
dans les marchés du carbone (voir l’article de Jean-François Boucher au cha-
pitre 5). Dans le cadre du Protocole de Kyoto, le Mécanisme de développe-
ment propre (MDP) permettait de tels projets. Seuls 36 de ces projets ont été
enregistrés sur 3800 (en janvier 2012). Quant aux projets MDP autres que
forestiers, on sait maintenant que nombre d’entre eux n’ont pas respecté les
règles requises pour la construction des scénarios de référence au regard des-
quels on juge les réductions d’émissions imputables au projet. Cela interroge
sur la capacité de plusieurs pays en développement de répondre aux exigences
de ce type de marché dans l’état actuel des choses. On peut donc s’inquiéter à
juste titre pour l’ajout du REDD+ dans l’arsenal de la lutte aux changements
climatiques post-Kyoto.