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forestières (diversité écologique, structure du sol et fertilité, humidité, microclimat, etc.). Cette
approche s’est avérée plus rentable et moins risquée.
Les raisons de l’échec des cultures industrielles sont rarement techniques; en revanche, le
contexte socio-économique est souvent négligé : conditions d’accès au marché, niveau de prix et
prospective, risque commercial actuel et futur, priorités des paysans selon les facteurs de
production disponibles et les rapports d’échange, etc. Ces omissions mènent à des interventions
inadaptées, au gaspillage des rares ressources publiques et à des tensions entre les
communautés paysannes et l’État. Introduire une nouvelle culture qui s’insère dans un système
agraire existant est complexe; la réussite passe par l’appropriation de la proposition par les
paysans.
À partir de l’exemple étudié, Ducourtieux identifie trois conditions pour le succès dans
l’implantation d’une culture commerciale. Ces dernières doivent être :
1. plus productives par rapport au facteur de production limitant la force de travail familiale;
2. plus sûres. Les paysans ne peuvent pas accepter d’abandonner leur production vivrière
pour des spéculations aléatoires. Les risques à minimiser sont pédo-climatiques,
biologiques et commerciaux;
3. aisément transportables. Elles doivent être robustes et non-périssables pour supporter
des conditions de transport longues et difficiles avant d’accéder aux différents marchés.
La valeur par unité de masse et de volume doit être élevée pour permettre un transport
économiquement rentable surtout dans des régions éloignées des marchés.
Du fait du relief accidenté et de l’enclavement, le Laos n’a pas d’avantages comparatifs à
produire des commodités de base en concurrence sur le marché mondial avec des voisins mieux
dotés. Au contraire, les étagements en altitude et en latitude, associés à la diversité culturelle des
paysans des montagnes, confèrent au pays une opportunité pour des productions agricoles
diversifiées visant des marchés de niche, à forte valeur ajoutée. Cette logique économique est
synergique avec l’intérêt écologique de ces productions agroforestières qui limitent la
déforestation et contribuent au stockage du carbone. Cependant, s’en remettre à la seule main
invisible du marché pour développer cette synergie est certainement utopique. L’intervention
publique est requise, notamment pour permettre la rémunération des services environnementaux
que produisent les paysans pratiquant l’agriculture d’abattis-brûlis et l’agroforesterie associée.
Dans un contexte où des populations pratiquant l’abattis brûlis sont en croissance
démographique, une économie verte visant à réduire la pauvreté devrait s’orienter vers des
productions à haute valeur, compatibles avec les savoirs culturels et avec la préservation des
fonctions des forêts. Encore une fois, le paiement pour les services environnementaux peut être
une façon d’améliorer le sort de ces populations et les encourager à maintenir les forêts en état.