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sont élevés en comparaison des agroforêts; (2) Les caractéristiques techniques du palmier à
huile répondent bien aux exigences des petits planteurs et (3) les différentes contraintes des
plantations indépendantes de palmier à huile trouvent leur solution dans les partenariats avec les
entreprises, en particulier lorsque l’entreprise partenaire a une réelle politique de responsabilité
sociale et environnementale.
La disparition des agroforêts n’est pas un phénomène isolé, ne touchant que certains
agriculteurs, mais un changement bien plus vaste témoignant de l’évolution profonde des
sociétés rurales indonésiennes. Les populations forestières ne sont plus isolées, elles
connaissent le monde « moderne » par le biais des visiteurs extérieurs, des membres de leur
famille ayant quitté le village et par le développement des moyens de communication. Les
mentalités changent, les nouvelles générations voient le développement des infrastructures et
des cultures de rente comme un moyen de sortir de leur isolement et d’atteindre un idéal de
modernité, diffusé par la télévision et la radio. La conservation de l’environnement, des forêts et
des agroforêts préoccupe bien moins les populations locales que le développement économique.
Préserver les agroforêts, pour louable que soit l’idée, signifie également soit de maintenir
sciemment des populations à un niveau de vie bas en les coupant des opportunités
d’intensification, soit les payer (REDD, PSE) afin qu’elles maintiennent des pratiques peu
productives tout en améliorant leur niveau de vie. Les populations rurales et forestières ne rêvent
pas de rester isolées dans un environnement naturel, ni de maintenir à tout prix leurs coutumes et
modes de vie.
Les ressources financières dégagées par la dynamique REDD pourraient servir à détourner les
populations rurales de l’agriculture, en développant des opportunités d’emploi non agricoles et en
promouvant l’éducation des enfants d’agriculteurs.
Deux modèles de développement se présentent, soit l’intensification des zones de culture les plus
fertiles et la préservation des zones plus marginales au profit de la conservation de la
biodiversité, du stockage du carbone et du maintien de l’ensemble des services écosystémiques
de ces espaces, ou encore la production des services écosystémiques par des systèmes
agroforestiers. Les agroforêts sont moins productives que les monocultures et moins efficaces
que les forêts en ce qui concerne la conservation de la biodiversité et le stockage du carbone.
Pour répondre aux besoins globaux à venir, les surfaces en systèmes agroforestiers devraient
être fortement augmentées.
Un modèle intermédiaire peut être envisagé, combinant des systèmes de monoculture très
productifs à des forêts et des agroforêts dont la principale fonction ne serait pas la production
agricole, mais la production de services écosystémiques.
Le soutien à une urbanisation riche en emplois, mais durable doit accompagner cette transition
agraire. Il s’agit donc de relever le défi d’un aménagement du territoire pour produire mieux,
préserver les ressources et améliorer les conditions de vie de la population.