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La dernière étude de cas traite d’une réussite liée à la prise en mains par une région d’Autriche
de ses ressources forestières à travers le développement de l’ensemble de la filière bois. Ce
développement a permis au Voralberg de passer en une génération du rang de région la plus
pauvre d’Autriche à la plus riche du pays, constituant ainsi un exemple que Pascal Triboulot de
l’ENSTIB en France et de l’UQAC au Québec analyse dans l’optique de l’économie verte et de la
réduction de la pauvreté pour le développement durable.
D’emblée, l’auteur se propose de répondre à trois questions :
Le matériau bois provenant de forêts gérées durablement peut-il se substituer
avantageusement à d’autres matériaux dont la production et l’utilisation contribuent
fortement aux changements climatiques?
La redécouverte de ce matériau dans l’architecture contemporaine constitue-t-elle une
mode, une chance et une opportunité durables, ou est-elle le reflet d’un retour
nostalgique vers le passé?
La forêt, source de matière première et d’énergie renouvelable, peut-elle contribuer à la
redynamisation de territoires forestiers dans l’optique de l’économie verte pour le
développement durable?
À travers l’exemple du Vorarlberg, petit Land autrichien et de la Lorraine, région française, il
réussit à affirmer que la réponse est oui pour les trois.
Rappelant d’abord les qualités environnementales du bois issu de forêts gérées durablement,
l’auteur souligne à juste titre que le bois est le seul matériau de construction renouvelable et que,
dans le domaine du bâti, ses propriétés physico-structurelles en font un bon isolant, garant de la
performance énergétique. Enfin, le bois, comme matériau, est constitué de carbone biogénique,
stocké à partir du CO
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atmosphérique. Ces trois éléments contribuent à atténuer les
changements climatiques. L’utilisation des résidus du bois peut en outre substituer une certaine
quantité de carburants fossiles, ce qui contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
L’exemple du Vorarlberg montre qu’en considérant la filière dans son ensemble et en mettant à
contribution les architectes locaux, la région a su innover dans le domaine du bâtiment de haute
qualité en bois, expérimentant en particulier dans le bâtiment public des innovations qui pouvaient
par la suite être exportées avec les nouveaux savoir-faire acquis. Cette stratégie, intégrant toute
la chaîne du producteur au consommateur, appuyée par la fierté des habitants du Land, s’est
avérée créatrice d’emplois et de richesse. Aujourd’hui, la région est l’une des plus prospères
d’Autriche avec un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale de près de 5 %. Les
exportations ramenées au nombre d’habitants sont encore plus spectaculaires, puisque le
Vorarlberg présente un résultat supérieur de 40 % à la moyenne nationale.
Aucune région européenne ne présente une densité d’architecture de qualité aussi forte que le
Vorarlberg. C’est une vitrine du savoir-faire régional et une source de fierté pour les habitants. Au
niveau de l’emploi et des richesses générées, les activités de la filière bois jouent un rôle