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économique majeur dans ces zones rurales du Vorarlberg. Le bois d’œuvre et de chauffage
donne du travail à près de 4 000 personnes, sans compter les nombreux emplois à temps partiel
et les agriculteurs auxquels le bois fournit un complément de revenu. Le potentiel d’activités est
loin d’être épuisé, puisque seulement la moitié des arbres arrivés à maturité sont aujourd’hui
utilisés. Un élément clé du modèle est que le secteur de la construction d’édifices publics est le
premier client de l’innovation. Cela crée un marché et un lieu de démonstration de techniques qui
peuvent être exportées par la suite.
Ce succès remarquable est-il transposable? En Lorraine, département français lui aussi fortement
touché par des crises industrielles, les acteurs de la filière bois se sont regroupés autour des
maisons de formation. La construction en bois y est de plus en plus perçue comme un atout par
les instances politiques de tous les niveaux et elle s’inscrit dans la mise en valeur de cette
ressource locale. Là aussi, le secteur de la construction publique et les élus sont demandeurs
d’innovations mettant en vedette le bois un produit régional dont on est fier.
Ce modèle est transposable. Il l’est, si l’on redonne au bois, non pas une image de matériau «
de
pauvre »
, mais une image de modernité à travers l’architecture. Ce modèle est possible si,
contrairement à ce qui se construit sur la plupart des chantiers du monde dans les pays du Sud,
le bâtiment qui surgit de terre ne constitue pas une baisse irrémédiable de la qualité visuelle de
l’environnement où il est censé s’intégrer. Il est possible de penser la construction, avec le bois,
qui soit réalisable en se passant de tout l’attirail coûteux et polluant de la construction
industrialisée en béton armé, parpaing, tôle, acier, verre, plastique qui ajoute la laideur à la
misère.
Triboulot évoque à titre d’exemple le travail d’Anna Heringer au Bangladesh. Elle a décidé, pour
offrir aux paysans les plus pauvres de la planète les moyens de se sortir de la misère par eux-
mêmes, de tourner le dos aux techniques que l’on utilise dans le monde développé et qui ont fait
oublier des savoir-faire millénaires malheureusement désappris. Elle a repensé intégralement le
problème de la construction en s’inspirant des techniques vernaculaires. Elle a recréé une
architecture manuelle, écologique, participative, moderne, qui est basée sur une règle sans
concession : l’utilisation exclusive de matériaux locaux. Le résultat est beau, utile, durable.
L’architecture, l’ingénierie deviennent un art au service de l’humain en mettant l’intelligence au
service de ce qui existe localement : les ressources et les hommes.
Dans l’ensemble des fonctionnalités des forêts du monde, dans la recherche permanente des
éléments pouvant contribuer au développement durable, il est plus que jamais utile de redonner
au bois la modernité d’un matériau fait pour construire et capable de satisfaire les besoins
humains. C’est incontestablement l’architecture qui peut en être le moteur.