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Il devenait en somme possible de cultiver des champs de case, loin des cases...
Peu à peu, les agriculteurs se sont eux aussi constitué des troupeaux de bovins conséquents
accroissant d’autant les transports de biomasse. De nombreux auteurs ont souligné cette
transformation radicale de modes de reproduction de la fertilité, les apports de fumure organique
ayant quasiment doublé en une décennie (Djouara
et al.
, 2006). Les parcelles étant désormais
travaillées chaque année et non plus une fois tous les quinze ans, les agriculteurs ont clairement
intensifié leurs systèmes. Mais il est remarquable que cette intensification ne se soit pas
accompagnée des maux qui l’accompagnent trop souvent : recours excessif aux intrants
chimiques, pollution, érosion des sols.
Avec une fumure organique si régulière, les paysans n’ont pas eu besoin de fortes doses
d’engrais de synthèse. D’autant moins que les cultures étaient toujours mises en place sous les
parcs arborés de baobabs, nérés, karités et kads.
Figure 16. Labour d’une parcelle sous parc arboré-Burkina Faso, 2009
(Photo de l’auteur)
Ce couvert apportait lui aussi de la matière organique tout en limitant l’érosion. Cette dernière
affectait d’ailleurs moins ces sols régulièrement fumés et dotés d’une meilleure stabilité
structurale.
De plus, le cotonnier ou l’arachide ont toujours été cultivés en rotation avec des céréales,
réduisant d’autant le développement des adventices et des ravageurs et limitant le recours aux
herbicides et pesticides.
Le bilan environnemental de cette révolution agricole semble donc tout à fait positif. En revanche
cette généralisation de la culture continue, ne laissait par définition plus de place aux friches et,
apparemment, à la reconstitution de la brousse...
… et le retour de la brousse
Ce passage de l’abattis-brûlis à la culture continue, accompagné d’un essouchage et d’une
extension des surfaces mises annuellement en culture pourrait laisser croire à une déforestation
massive. Il n’en fut rien, bien au contraire.