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Les finages ont été profondément modifiés. D’un côté, les parcelles situées sur les terres les plus
fertiles ont été cultivées chaque année, sans rotation avec une quelconque friche et ont constitué
un véritable
ager
(George, 1978). Mais dans le même temps, de nombreuses parcelles ont cessé
d’être mises en culture et de vastes superficies de « brousse » ont pu se reconstituer, formant
cette foi un
saltus
.
Le passage de l’outillage manuel à la traction attelée permet en effet à un agriculteur d’accroître
la surface qu’il peut cultiver chaque année. Mais dans le même temps, le passage de l’abattis-
brûlis à la culture continue se traduit par une baisse des surfaces dont il doit disposer : avec des
rotations de 15 ans, un actif doit disposer de 15 ha chaque année (1 ha cultivé et 14 ha en friche),
en culture continue pour cultiver 1 ha il suffit de 1 ha. La généralisation de la traction attelée s’est
donc traduite par une augmentation des surfaces annuellement mises en culture tout en libérant
de l’espace. C’est une intensification sur certains terroirs doublée d’une extensification sur
d’autres.
Il est finalement remarquable que dans ces régions, l’intensification agricole de ces dernières
années ne se soit pas accompagnée d’une déforestation marquée et n’a reposé que partiellement
sur les intrants chimiques. Elle n’a donc pas porté atteinte à la biodiversité sauvage et
domestique, bien au contraire.
Hausse de la productivité
Mais qu’en est-il des résultats économiques de ces nouveaux systèmes de production?
En premier lieu, il convient de souligner que dans les régions où une large proportion
d’agriculteurs a pu disposer de moyens pour mettre en œuvre ces techniques, la production
vivrière a progressé à un rythme supérieur à celui de la population. Ainsi le Mali-sud est devenu
excédentaire en céréales et fournit plus de 350 000 tonnes de maïs par an au reste du pays
(DPCG, 2004). La traction attelée, la fumure organique et minérale ont bien entendu bénéficié
aussi aux céréales cultivées en rotation avec le cotonnier.
Les rendements céréaliers à l’hectare sont en effet bien supérieurs sur les parcelles de culture
continue : une culture de sorgho sur abattis-brûlis ne permet guère de dépasser les 800 kg par ha
cultivé, alors qu’en disposant de fumier en quantité suffisante une production de maïs de 1800 kg
par ha est courante dans ces régions.
Bien que plus intensifs en travail, les systèmes de culture continue sont aussi ceux dont la
productivité du travail est supérieure. Ainsi au Mali-sud, la valeur ajoutée obtenue par jour de
travail est de l’ordre de 1.500 à 2.000 francs CFA alors qu’elle ne dépasse pas 1000 avec les
systèmes plus extensifs dans lesquels les terrains supportent épisodiquement des recrûs
arbustifs ou arborés (Bainville, Dufumier 2007). Ce paradoxe tient au fait que les parcelles d’
ager
sont généralement plus proches de l’habitat et occasionnent moins de perte de temps en
déplacements et que défrichées une bonne fois pour toutes, elles n’exigent plus d’être