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Cette condamnation largement partagée repose-t-elle uniquement sur des faits scientifiques
établis ou résulte-t-elle de constructions sociales, différenciées et évolutives au cours de
l’Histoire? Intéressons-nous au Laos, où l’agriculture d’abattis-brûlis et les débats sur son avenir
sont illustratifs, alors que 17 % de la population en vit sur 30 % du territoire national. Étudions la
question au Nord, à Phongsaly (figure 21), dans une région de 25 000 km² peuplée
principalement de paysans Phounoy pratiquant l’essartage depuis des décennies (Ducourtieux,
2009) et impliqués depuis une quinzaine d’années dans une transition agraire commanditée et
ordonnancée par l’État, avec le soutien notable d’investisseurs privés intéressés à l’expansion de
cultures d’exportation (hévéa, thé, maïs, etc.).
Figure 21. Phongsaly au Nord Laos
Abattis-brûlis au Nord Laos : rationalité, condamnation et transition agraire
Le système agraire de Samlang : fonctionnement, performances économiques et services
environnementaux
Au début des années 2000, près de 5 000 familles vivent dans les 90 villages ruraux du district de
Phongsaly (figure 21); elles tirent leurs revenus de l’agriculture d’abattis-brûlis, associée à la
collecte (chasse, pêche, cueillette) et l’élevage. Si leurs pratiques sont diversifiées selon leur
culture
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et leur histoire, l’exemple des 28 familles Phounoy du village de Samlang (figures 21 et
22) est archétypique de la façon dont les paysans de la région gèrent leurs ressources,
forestières notamment, et la main-d’œuvre familiale, rare (8 habitants/km²).
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Six groupes ethniques sont représentés à Phongsaly (Phounoy, Akha, Lao Sèng, Ho, Lu et Hmong).