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durée de la friche, réponse caractéristique à la croissance démographique (Mazoyer et Roudart,
1997).
Le village est globalement autosuffisant en riz et le revenu moyen d’une famille de Samlang
atteint 1 300 EUR (2003), avec 15 % en numéraire et le solde autoconsommé. Les activités de la
famille sont multiples pour obtenir ce revenu : l’agriculture d’abattis-brûlis n’arrive qu’en deuxième
position (36 % du revenu), derrière la collecte (40 %, Ducourtieux, 2009). La diversité des
productions dans une économie d’autoconsommation permet d’une part de sécuriser
l’alimentation de la famille en limitant les risques
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et, d’autre part, d’équilibrer la ration alimentaire
(Hladik et al., 1996).
L’agriculture d’abattis-brûlis, une pratique paysanne condamnée par les pouvoirs
de plaine
Loin des pratiques rationnelles des Phounoy observées à Samlang, l’État lao condamne de
longue date l’agriculture d’abattis-brûlis au nom de son caractère non-durable et de la
déforestation induite
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, ainsi que de son archaïsme économique qui fait que, malgré les surfaces
forestières consommées, les paysans essarteurs sont pris dans une trappe de pauvreté et ne
participent pas au développement économique de la nation (Ducourtieux, 2009; Lestrelin, 2010).
Le discours est devenu tangible à la fin des années 1990, par la mise en œuvre concomitante
des politiques de déplacement et regroupement des villages de montagne vers les plaines et les
voies de communication (Evrard et Goudineau, 2004), de réforme foncière (Ducourtieux, 2009),
et de promotion des cultures commerciales d’exportation (Manivong et Cramb, 2008). Le village
de Samlang a disparu en 2007, ses habitants ayant migré vers la capitale provinciale de
Phongsaly; un tiers des villages du district a subi le même sort depuis 1995 (Ducourtieux, 2009),
tandis que les plantations de thé et d’hévéa (figure 27) sont les signes visibles d’une transition
agraire dans la région et plus généralement dans toutes les zones de montagne du pays.
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Accidents climatiques, baisse des prix de mise en marché, etc.
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L’État lao rejoint ainsi un discours dominant dans les pays voisins, les organisations internationales ou
les ONG conservationnistes (Fox et al., 2009; Ducourtieux, 2009).