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La reproduction de la fertilité, c’est-à-dire le processus développé par les paysans pour
compenser les pertes minérales et structurales que subit le sol durant la culture, repose en
agriculture d’abattis-brûlis sur l’accumulation de biomasse pendant la période de friche
(figure 26), biomasse mobilisée par le feu pour le cycle de culture (Ducourtieux, 2009). Le brûlis a
de plus un effet alcalinisant sur le sol permettant une disponibilité accrue en phosphate (Roder,
2001), carence classique des sols tropicaux. Le développement racinaire et l’action des vers de
terre restaurent la structure du sol entre deux cycles de culture. Durant la friche, l’érosion est très
limitée, du fait de l’absence de travail du sol, de sa couverture permanente et de l’enracinement
profond des arbres (Chaplot et al., 2010; De Neergaard et al., 2008). De plus, une friche longue
réduit le stock de graines de mauvaises herbes en abaissant leur pouvoir de germination. Cette
reproduction de la fertilité est originale,
in situ
(transfert vertical), tandis que celle des autres
systèmes agraires se fonde sur des apports d’engrais organiques ou minéraux (transferts
latéraux, Mazoyer et Roudart, 1997).
Figure 26. Cycle de rotation en abattis-brûlis à Samlang
L’agriculture d’abattis-brûlis est socialement organisée à Samlang : la sélection annuelle du pan à
défricher est décidée au niveau villageois. Chaque famille y exploite sa propre parcelle, héritée.
Cette propriété familiale est récente et dérive d’une propriété clanique historique (Bouté, 2011).
Avec la croissance démographique, la tendance est au fractionnement des parcelles de
génération en génération. La régulation de la tendance à la baisse de la surface par actif se fonde
sur quatre mécanismes successifs : le prêt de terres entre familles, l’allongement de la durée de
culture d’un à deux ans, l’exode d’une partie de la population, et l’accélération de la rotation en
dernier recours (Laffort et Jouanneau, 1998). Cette gestion foncière ralentit la diminution de la