5-160
5. 12 Les projets Carbone boréal et Carbone tropical :
La compensation carbonique au service
de l’économie verte
Jean-François BOUCHER et al.
Jean-François BOUCHER, Claude VILLENEUVE, Pascal TREMBLAY, Sibi BONFILS, Guillaume
MAZIADE et Sylvie BOUCHARD,
Université du Québec à Chicoutimi, Contact :
Jean-francois_boucher@uqac.ca
Contexte climatique
Les changements climatiques (CC) de cause anthropique font maintenant consensus dans la
communauté scientifique. Les nombreux impacts actuels et prévus de ces CC sur les populations
humaines et les écosystèmes sont d’une telle ampleur que des actions rapides et soutenues
s’avèrent nécessaires afin d’éviter des bouleversements jamais connus dans l’histoire de
l’humanité (Parry et al. 2007, Solomon et al. 2007, Villeneuve et Richard 2007). Compte tenu des
projections d’émissions de GES, même les plus optimistes, des rétroactions positives vers le
climat par des phénomènes naturels déclenchés par les hausses de températures, de la durée de
vie à très long terme dans l’atmosphère de certains des plus importants GES (en particulier le
CO
2
) et de la forte inertie des systèmes climatiques en réponse aux CC (Parry et al. 2007,
Heimann et Reichstein 2008, Solomon et al. 2007, 2009, Villeneuve et Richard 2007, Weaver et
al. 2007), toute action concrète de lutte aux CC doit être mise en œuvre dans les meilleurs délais
(Barker et al. 2007, Matthews et Caldeira 2008, The Copenhagen Diagnosis 2009). La lutte aux
CC interpelle dorénavant tant les pays développés que ceux en voie de développement dans des
actions concrètes et parfois conjointes dans tous les secteurs, dont celui touchant l’utilisation des
terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (UTCATF) (Barker et al. 2007,
Nabuurs et al. 2007, FAO 2011). Cet important secteur d’activités présente en fait un potentiel
significatif d’actions concrètes sur le court et long terme permettant tant l’atténuation que la
réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’origine des CC (Nabuurs et al. 2007).
De fait, parmi les sept grands secteurs d’activité dénombrés dans la dernière série de rapports du
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le secteur forestier
regroupe de 8 à 14 % (modèles ascendants) du total des mesures de réduction et d’atténuation
pouvant être mises en œuvre d’ici 2030 à un coût moindre que 100 $ la tonne d’équivalent CO
2
(CO
2
eq) et jusqu’à 15 % de l’ensemble des mesures à faible coût (<20 $/t CO
2
eq), et ce sans
tenir compte de l’utilisation potentielle de la bioénergie tirée de la biomasse (Barker et al. 2007,
Nabuurs et al. 2007). Si les mesures d’aménagement forestier présentent les plus forts potentiels
de tout le secteur forestier avec 42 % du total des mesures (modèles descendants) – suivies des
mesures de boisement/reboisement et celles de réduction de la déforestation avec 29 % chacun
– c’est la réduction de la déforestation qui offre d’ici 2030 le plus fort potentiel de mesures
réalisables à faible coût (voir le tableau 10, traduit de Nabuurs et al. 2007).