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Chapitre 2 – Les services culturels, sociaux et spirituels de la forêt
P o i n t s d e r e p è r e
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L’évidence de la nécessité du discours scientifique et du discours éco-
nomique ne doit pas faire oublier l’importance que revêt la forêt tant pour
la pérennité des cultures que pour le bien-être mental et la vie spirituelle des
humains. Voir les forêts comme des « partenaires » et pas seulement comme
des « ressources » ou seulement comme ayant une valeur intrinsèque sacrée
permet de réfléchir les interventions humaines dans la nature comme s’il
s’agissait de mettre en œuvre un contrat qui devrait donner satisfaction tant
à l’humain qu’à la nature. Vouloir une reconnaissance culturelle de la forêt
n’équivaut en aucune manière à un rejet des outils de pensée européens sur
la forêt et ne peut être assimilé à une quelconque « revanche postcoloniale »  :
il s’agit simplement « d’examiner la manière dont il est possible de renouveler
la vision occidentale de la forêt en y intégrant celles des autres civilisations
qui accordent une dimension culturelle à la forêt ou mieux pour qui la forêt
est d’abord une entité culturelle avant d’être une entité environnementale ou
économique ».
Dans une perspective d’échange des connaissances qui aurait une influence
sur l’aménagement forestier, il faut accepter l’idée qu’il n’y a pas une partie du
monde détentrice d’une expertise supérieure qui devrait remplacer les savoirs
de toutes les autres parties du monde. Échanger des connaissances entre les
cultures signifie d’abord qu’il n’y a pas des experts d’un côté et des ignorants de
l’autre, mais des pairs qui dialoguent pour s’influencer mutuellement de leurs
meilleurs savoirs.
L’économie verte dans une forêt, écosystème culturel et symbolique,
implique un partage des connaissances entre les cultures et une répartition
des richesses entre les humains. Elle repose aussi sur une conception de la
relation homme-nature basée sur le partenariat.
L’enseignement et la recherche sur l’aménagement forestier devraient
aujourd’hui garantir la diversité inévitable et souhaitable des approches pour
maintenir en vie ce que les humains ont mis en place depuis la nuit des temps
dans leurs relations aux arbres et aux forêts. C’est une nécessité écologique et
humaniste à la fois.
Dans les sociétés industrielles, les forêts ne sont pas gérées en fonction
de ce qui est bon pour la nature ou pour les populations, mais plutôt en fonc-
tion de ce qui est bon pour la croissance économique. D’un autre côté, la
nature se voit parfois investie du caractère sacré ou divin associé aux lieux de
culte. Cette différence explique en grande partie les controverses et les débats
qui opposent par exemple des groupes écologistes et les gouvernements et
entreprises forestières qui aménagent la forêt boréale à des fins de production
ligneuse. Aucune science ne pourra désamorcer un sentiment de spoliation
du sacré.