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Chapitre 2 – Les services culturels, sociaux et spirituels de la forêt
P o i n t s d e r e p è r e
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une solution à ce problème, ce qui explique en partie la participation active des
populations riveraines et des institutions locales aux activités de préservation
de cette forêt.
Les logiques socioculturelles liées à la forêt en général et à la FMTE en
particulier jouent un rôle prépondérant dans la mobilisation sociale (surtout
celle des populations riveraines) en suscitant chez celles-ci un intérêt particulier
pour la préservation de cette forêt. Elles permettent de comprendre comment
les populations appréhendent de l’« intérieur » et par analogie à l’importance que
revêtent pour elles les pratiques culturelles, les stratégies traditionnelles de pro-
tection des lieux sacrés et les objectifs de conservation de la FMTE. En effet, en
s’appuyant sur leurs repères culturels, ces populations perçoivent clairement la
nécessité de préserver la FMTE et ses ressources. Le fait que la grande majorité
des villages aient en commun une tradition basée sur l’adoration des lieux et
sites sacrés favorise leur adhésion à toute mesure visant à assurer directement
ou indirectement la pérennisation de cette tradition.
Pour sa part, Patrice Bigombé Logo, enseignant-chercheur à l’Université
de Yaoundé II au Cameroun et directeur du Centre de recherche et d’action
pour le développement durable en Afrique Centrale (CERAD), présente une
étude de cas qui montre les bénéfices de la valorisation des connaissances
traditionnelles et locales dans l’aménagement forestier et la conservation de la
biodiversité en Afrique centrale.
Cette étude menée chez les « Pygmées » prend acte de l’étroitesse et
la profondeur des liens entretenus depuis des millénaires qui expliquent,
entre autres, l’étendue et la solidité des connaissances dont les populations
forestières sont dépositaires en matière de gestion durable des forêts et de
conservation de la biodiversité. L’expérience se passe dans le parc national de
Campo-Ma’an, qui fait partie intégrante de la forêt éponyme, dans la région
du sud du Cameroun.
Comme le souligne le texte de Nicole Huybens, il est démontré dans cette
étude qu’il faut davantage explorer les expériences et approches de valorisa-
tion des connaissances traditionnelles et locales dans l’aménagement forestier
et la conservation de la biodiversité.
La complémentarité et l’enrichissement mutuels des connaissances tra-
ditionnelles et locales sur la gestion des forêts et des savoirs scientifiques
modernes posent les bases de l’hybridation des systèmes de gestion durable
des forêts et de conservation de la biodiversité par des aires protégées. Cette
démarche pluraliste, enchâssée dans la gestion participative, reconnaît et
concilie les intérêts multiples dans la gestion forestière et responsabilise les
populations. De l’avis de l’auteur, il faut envisager son institutionnalisation,
avec des adaptations contextuelles, dans l’ensemble du Bassin du Congo, dans
les politiques et les pratiques de gestion des aires protégées et des concessions
forestières.