Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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résultant de l’innovation paysanne répondaient aux besoins monétaires des
paysans non couverts par le
ladang
tout en maintenant une biodiversité élevée
et une couverture de type forestière. Les principales fonctions écologiques de
la forêt sont conservées dans les agroforêts, tant concernant la régulation des
ressources hydriques et du microclimat que la protection du sol. Cependant,
les qualités environnementales des agroforêts ne sont pas au cœur des pré-
occupations des paysans. Elles sont en réalité le résultat d’une économie en
temps de travail par l’absence de lutte contre les adventices, ce qui permet le
recrû forestier entre les plants d’hévéa, la production de plusieurs produits
de consommation courante sur une même parcelle et la conservation d’une
certaine tradition agricole.
La multiplication des marchés villageois où se vend à bas prix une grande
variété de produits agricoles, forestiers et manufacturés, rend la récolte de
nombreux produits forestiers et agroforestiers pour un usage familial peu
rentable. Les populations locales choisissent soit de se spécialiser dans la
commercialisation de tels produits (2 % des familles), soit, pour la majorité
des villageois, préfèrent se consacrer à des activités plus rémunératrices (agri-
coles ou non). La faible rentabilité des agroforêts est donc leur principale fai-
blesse face aux plantations monospécifiques à haut rendement, qu’elles soient
d’hévéa ou de palmier à huile.
Les prix élevés du caoutchouc naturel et de l’huile de palme durant les
deux dernières décennies ont induit un développement rapide des plantations
dans la région et un fort développement économique accompagné d’une nette
amélioration des conditions de vie des populations locales. La période actuelle
marque ainsi une étape majeure de la transition agraire dans la région, avec
une forte augmentation de la proportion de population non-agricole. Sortir de
l’agriculture est perçu comme une réussite sociale et est associé dans l’imaginaire
collectif à une vie plus moderne et au confort urbain.
La majeure partie des agroforêts sont donc aujourd’hui transformées
en plantations de palmier à huile dont les bénéfices sont partagés entre les
agriculteurs et les industriels. L’auteure cite pour cela trois raisons : (1) la
valorisation économique et le retour sur investissement de la plantation sont
élevés en comparaison des agroforêts; (2) Les caractéristiques techniques du
palmier à huile répondent bien aux exigences des petits planteurs et (3) les
différentes contraintes des plantations indépendantes de palmier à huile
trouvent leur solution dans les partenariats avec les entreprises, en particulier
lorsque l’entreprise partenaire a une réelle politique de responsabilité sociale
et environnementale.
La disparition des agroforêts n’est pas un phénomène isolé, ne touchant
que certains agriculteurs, mais un changement bien plus vaste témoignant
de l’évolution profonde des sociétés rurales indonésiennes. Les populations
forestières ne sont plus isolées, elles connaissent le monde « moderne » par le