Page 66 - Forets_et_humains_Doc_synthese

Basic HTML Version

Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
54
Les thématiques traditionnelles de «  lutte contre la déforestation » se
voient aujourd’hui revisitées dans une perspective de réduction d’émissions de
gaz à effet de serre, au travers de la réduction de la déforestation et de la dégra-
dation des forêts. La prise en considération de ces enjeux globaux provoque
une véritable mobilisation générale des niveaux régionaux, étatiques, locaux et
communautaires. Si toutes les parties prenantes sont aujourd’hui impliquées,
leurs motivations restent néanmoins très hétérogènes, sinon ambigües. Bien
au-delà des enjeux de réchauffement de la planète, c’est l’intérêt de revenus
conséquents pour le pays et les acteurs à tous les niveaux qui a d’abord été
perçu. Sous le couvert du REDD, c’est donc l’ensemble de la gouvernance du
développement national qui est mis en jeu pour chaque pays.
L’Europe et les États-Unis se sont dotés de règlements commerciaux qui
visent à interdire l’entrée sur leurs territoires de bois ou de produits à base
de bois qui auraient été exploités de façon illégale dans leur pays d’origine.
L’application de ces accords commerciaux nécessite de la part des pays produc-
teurs une définition de leurs référentiels de légalité, ainsi qu’une réorganisation
en profondeur de l’ensemble de leurs circuits de production, avec l’établisse-
ment de mécanismes de traçabilité de l’arbre en forêt jusqu’au morceau de bois
débité et exporté.
Enfin, un autre phénomène émergent est l’entrée dans le jeu de la gouver-
nance forestière d’une nouvelle catégorie d’acteurs, qui sont les auditeurs et
les observateurs indépendants. La réputation de ces entreprises commerciales
d’audit est le principal garant de leur neutralité. Ces auditeurs reçoivent parfois
un mandat de service public, qui peut aller jusqu’à la collecte de taxes ou au
contrôle de légalité. Les auditeurs indépendants ne sont pas nécessairement
des organisations militantes ou à vocation politique. Ils ont une démarche de
documentation d’infractions forestières et d’analyse des problèmes de gou-
vernance et d’application de la loi forestière. Cette fonction nécessite d’établir
des liens entre les gouvernements, les ONG de défense de l’environnement
et des droits de l’homme, les communautés locales, les bailleurs de fonds et
le secteur privé en fournissant des informations objectives et opportunes sur
l’exploitation des ressources naturelles et les mécanismes de son contrôle par
l’État.
Nathalie Rizzotti nous rappelle que le contexte international des années
90 permet le renforcement des partenariats entre les agences de conservation
et les populations locales, favorisant une nouvelle approche de la conserva-
tion des ressources appelée « projets communautaires de conservation ». La
gestion en commun des ressources naturelles part du constat que les com-
munautés locales peuvent être mieux à même que le marché ou le gouverne-
ment de gérer les ressources naturelles. Ce contrôle local devrait conduire à
une relation à l’environnement plus respectueuse ou plus
durable.
L’hypothèse
serait que l’exclusion de groupes marginalisés diminuerait et la pauvreté serait