Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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La situation se complique en raison de la myriade de décisions à prendre
incluses dans la gestion : élaboration de politique, planification, établissement
de règles, investissements, répartitions, suivi et exécution des règlements,
arbitrage des conflits, suivi des mesures. Les réglementations locales ne sont
viables que lorsqu’elles sont reconnues par l’État. La cogestion se base sur
une entente officielle entre toutes les parties sur les droits, les responsabilités
et les procédures énoncées en détail, relativement aux diverses ressources.
Cette cogestion peut s’adapter en fonction des besoins de l’écosystème et des
utilisateurs.
Afin d’assurer la gestion durable, il faut un cadre institutionnel fort
capable de conserver ces ressources, il est important de fixer un quota global
maximal pour l’extraction des biens compatibles avec la régénération de la res-
source. Ce quota est un choix politique, car les restrictions peuvent être plus
ou moins fortes et ce quota global doit être partagé entre les différents usages,
idéalement en fonction des principes de durabilité sociale et économique. Il
faut pouvoir coordonner les droits d’usages entre les acteurs.
L’objectif de ces régulations consiste à contrôler le comportement des
acteurs-utilisateurs en stabilisant ou en modifiant la relation qui existait aupa-
ravant entre eux et le bien en question. Ceci est accompli en reconnaissant
des droits d’usages qui peuvent varier en fonction des saisons. Un régime
institutionnel des ressources ne peut cependant fonctionner qu’à condition
qu’il existe un mécanisme de monitoring et de sanction en cas de dépasse-
ment des droits d’usages accordés. Aux différents droits s’ajoutent certains
paramètres tels que des besoins d’information sur la ressource (inventaire,
flux, interactions…) ou tels que les règlements d’usage doivent être suivis par
des mécanismes de sanctions qui doivent être considérés comme efficaces et
légitimes par les usagers. Il faut insister sur l’importance d’une gestion devant
se faire à différents niveaux du local au global et sur les moyens de coordonner
ces différents niveaux. Les institutions doivent pouvoir s’adapter à mesure que
les connaissances évoluent et être variées. Le postulat de Rio pour une gestion
plus démocratique, qui devrait conduire à une relation plus respectueuse ou
plus durable de l’environnement, est complexe et ne peut être réel que sous
certaines conditions.
Ces nouveaux modes de gestion interpellent l’éducation et la forma-
tion, non seulement des forestiers, mais aussi des élus, des gestionnaires et
des facilitateurs de la co-construction des savoirs et la mise en place de poli-
tique basée sur des connaissances scientifiques. Alain-Serge Kouadio rappelle
que plusieurs études ont récemment attiré l’attention sur la détérioration de
l’enseignement forestier professionnel, dans les pays tant développés qu’en
développement. Plusieurs symptômes attestent de ce déclin, notamment la
forte réduction des financements accordés aux institutions d’enseignement,
les faibles taux d’inscription des étudiants, l’incapacité à attirer les étudiants les