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Chapitre 5 – Gouvernance : l’arbre qui cache la forêt
P o i n t s d e r e p è r e
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plus doués et surtout, le ralentissement de la demande de diplômés en fores-
terie. Face à l’évolution rapide des circonstances, de nombreuses institutions
adoptent des stratégies de survie.
La pauvreté est un facteur aggravant de la pression anthropique sur les
forêts et à la base d’actions non viables vis-à-vis de celles-ci. Malheureusement,
le taux de pauvreté ne cesse de grimper surtout dans les pays en développement
dont les populations sont tributaires des ressources forestières. En effet, la pau-
vreté est souvent un obstacle à l’accès à la connaissance, au savoir et à la sensibi-
lisation. La pauvreté monétaire se traduit par l’insuffisance de moyens financiers
pour satisfaire les besoins fondamentaux tels que la nourriture, le logement, la
santé, l’éducation, etc. La forêt offre, souvent gratuitement, la plupart de ces
biens et services. Il apparait, dès lors, un dilemme entre satisfaction des besoins
primaires et urgents et préservation des ressources.
La plupart des problèmes auxquels sont confrontées la foresterie et par
conséquent l’éducation forestière sont symptomatiques de changements
sociaux, économiques et technologiques plus généraux, qui semblent s’accé-
lérer rapidement. Un grand nombre de concepts et d’approches appropriés
depuis le début de la révolution industrielle seront probablement dépassés,
de même que les institutions apparues durant cette période. La question est
de savoir dans quelle mesure ces institutions peuvent être de bons agents du
changement et si elles sont capables d’évoluer. Les approches différenciées
qui convenaient lorsque le rythme de changement était lent perdront proba-
blement leur efficacité. Pour s’adapter à des changements rapides, il faudra
créer un environnement propre à un apprentissage continu, larguer les idées et
les concepts qui ne résisteront pas à l’épreuve du temps et mettre en place un
mécanisme durable de financement. Indéniablement, la grande question est de
savoir jusqu’à quel point nous sommes préparés à aborder ces changements.
C’est ainsi qu’Alain Billand observe que la recherche, pour mieux outiller
les décideurs, ne doit pas se confiner à la recherche sur la foresterie et les opé-
rations forestières. Dans un contexte d’augmentation de la demande pour des
produits agricoles, il est devenu évident que l’amélioration des rendements ne
peut plus se produire au même rythme que pendant la révolution verte. Or,
la population humaine est encore en croissance et particulièrement dans les
pays forestiers du Sud. Les populations pauvres qui pratiquent l’agriculture
traditionnelle ont une démographie élevée et sont menacées par les change-
ments climatiques. En conséquence, la pression de l’agriculture sur les forêts,
qui représente 85 % de la déforestation à l’échelle mondiale, doit interpeler la
recherche en agriculture.
La recherche agronomique est nécessaire pour augmenter la production
des agro-écosystèmes et diminuer ainsi la pression sur les forêts, mais aussi
pour mieux comprendre les systèmes agroforestiers dans un contexte de
transition forestière.