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de plus en plus complexe en raison de la charge démogra - remises ne suffisant pas à assurer leur quotidien (Boyer F.,
phique et où les récoltes sont insuffisantes en lien avec les 2013). Des terres sont abandonnées, faute de main d’œuvre
conditions environnementales (pluviométrie mal répartie, pour les mettre en valeur, ce qui participe à une baisse des
dégradation des terres…). Dans certains villages, une revenus locaux à laquelle l’aléatoire des revenus de la
partie de la main d’œuvre masculine ne participe plus aux migration ne pallie pas forcément.
cultures pour se consacrer uniquement à la migration. Ces
hommes, dont la famille reste dans les villages, rentrent Les circulations ne s’appuient pas uniquement sur les
régulièrement et leurs revenus sont investis dans les migrations internationales mais se déclinent à des échelles
dépenses quotidiennes, parfois dans l’agriculture (achat sociales, spatiales et temporelles différentes. Des migra-
d’animaux, de matériels, d’intrants…). D’autres restent tions de proximité vers les villes petites et moyennes
impliqués autant dans l’agriculture que dans les migra- s’articulent à des mouvements plus lointains. Des migra-
tions, leurs séjours hors du village étant de moindre durée. tions temporaires se conjuguent à des circulations ou à
Quelque soit le rythme des mobilités ou l’implication dans des migrations de longue durée, des processus d’installa-
les activités locales, tous participent à un même système tion à l’extérieur et des formes d’immobilité. Les systèmes
de production familial. Un autre élément ressortant de de mobilité sont connectés à des diasporas urbaines, qui
cette étude est que les exploitations les plus dynamiques constituent des ressources économiques et sociales pour
s’appuient sur les systèmes migratoires les mieux structu - ceux qui circulent comme pour les immobiles. À l’échelle
rés : destinations plus lointaines autorisant des remises et de la famille élargie, cette dispersion constitue une res-
une épargne plus conséquente, plus forte spécialisation source au quotidien ou en cas de crise (Oumarou H.,
de la main d’œuvre dans l’agriculture ou la migration. 2008) : les biens, les personnes et la main d’œuvre peuvent
Les bénéfices de l’agriculture sont utilisés pour supporter circuler dans des sens différents en fonction des besoins
les départs en migration, suivant une logique d’inves- de tels ou tels lieux ou des opportunités.
tissement. Si ce rapide tableau tend à mettre en évidence Partie intégrante des systèmes de production, les mobilités
des équilibres locaux construits autour de cette articula- sont autant des ressources qu’une norme pour les sociétés
tion entre migration et production agricole (Boyer F., sahéliennes ; elles s’appuient sur des formes d’organisation
Mounkaila H., 2010), plusieurs éléments peuvent être transnationale ancrées dans une histoire longue et des
questionnés. L’absence parfois longue des hommes actifs espaces toujours plus vastes (l’Afrique, le Moyen-Orient,
qui laissent derrière eux leur famille tend à accroître les l’Europe…), qui permettent la mobilité des uns et l’im-
inégalités de genre : les épouses et leurs enfants, dépen- mobilité des autres. Dans cette perspective, il est difficile
dants de la belle-famille, sont contraints de cultiver, les d’évaluer l’impact de la dégradation des terres sur les
Maisons construites par des migrants internationaux, non habités en leur absence,
village de Nagaro (département d’Illéla, région de Tahoua, Niger)
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 65
phique et où les récoltes sont insuffisantes en lien avec les 2013). Des terres sont abandonnées, faute de main d’œuvre
conditions environnementales (pluviométrie mal répartie, pour les mettre en valeur, ce qui participe à une baisse des
dégradation des terres…). Dans certains villages, une revenus locaux à laquelle l’aléatoire des revenus de la
partie de la main d’œuvre masculine ne participe plus aux migration ne pallie pas forcément.
cultures pour se consacrer uniquement à la migration. Ces
hommes, dont la famille reste dans les villages, rentrent Les circulations ne s’appuient pas uniquement sur les
régulièrement et leurs revenus sont investis dans les migrations internationales mais se déclinent à des échelles
dépenses quotidiennes, parfois dans l’agriculture (achat sociales, spatiales et temporelles différentes. Des migra-
d’animaux, de matériels, d’intrants…). D’autres restent tions de proximité vers les villes petites et moyennes
impliqués autant dans l’agriculture que dans les migra- s’articulent à des mouvements plus lointains. Des migra-
tions, leurs séjours hors du village étant de moindre durée. tions temporaires se conjuguent à des circulations ou à
Quelque soit le rythme des mobilités ou l’implication dans des migrations de longue durée, des processus d’installa-
les activités locales, tous participent à un même système tion à l’extérieur et des formes d’immobilité. Les systèmes
de production familial. Un autre élément ressortant de de mobilité sont connectés à des diasporas urbaines, qui
cette étude est que les exploitations les plus dynamiques constituent des ressources économiques et sociales pour
s’appuient sur les systèmes migratoires les mieux structu - ceux qui circulent comme pour les immobiles. À l’échelle
rés : destinations plus lointaines autorisant des remises et de la famille élargie, cette dispersion constitue une res-
une épargne plus conséquente, plus forte spécialisation source au quotidien ou en cas de crise (Oumarou H.,
de la main d’œuvre dans l’agriculture ou la migration. 2008) : les biens, les personnes et la main d’œuvre peuvent
Les bénéfices de l’agriculture sont utilisés pour supporter circuler dans des sens différents en fonction des besoins
les départs en migration, suivant une logique d’inves- de tels ou tels lieux ou des opportunités.
tissement. Si ce rapide tableau tend à mettre en évidence Partie intégrante des systèmes de production, les mobilités
des équilibres locaux construits autour de cette articula- sont autant des ressources qu’une norme pour les sociétés
tion entre migration et production agricole (Boyer F., sahéliennes ; elles s’appuient sur des formes d’organisation
Mounkaila H., 2010), plusieurs éléments peuvent être transnationale ancrées dans une histoire longue et des
questionnés. L’absence parfois longue des hommes actifs espaces toujours plus vastes (l’Afrique, le Moyen-Orient,
qui laissent derrière eux leur famille tend à accroître les l’Europe…), qui permettent la mobilité des uns et l’im-
inégalités de genre : les épouses et leurs enfants, dépen- mobilité des autres. Dans cette perspective, il est difficile
dants de la belle-famille, sont contraints de cultiver, les d’évaluer l’impact de la dégradation des terres sur les
Maisons construites par des migrants internationaux, non habités en leur absence,
village de Nagaro (département d’Illéla, région de Tahoua, Niger)
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 65

