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La survie à long terme des populations végétales sauvages et des habitats qui leur sont associés
sont donc des critères essentiels de la durabilité du modèle économique. L’auteure postule que
l’utilisation durable de la biodiversité locale comme outil de développement socio-économique
transformera le comportement des acteurs locaux. Par ailleurs, en créant des revenus durables
en milieu forestier, on diminue également la pression anthropique et la surexploitation des
ressources forestières. Cela se traduit par la possibilité de créer des crédits de carbone par le
REDD+ qui peuvent être d’ores et déjà transigés sur le marché volontaire et rapporter des
revenus supplémentaires aux populations qui participent au projet.
Le projet permettra d’alimenter une documentation écrite sur la pharmacopée africaine qui est
encore aujourd’hui essentiellement orale contrairement à la pharmacopée chinoise, indienne ou
japonaise, ce qui correspond à une valorisation des cultures locales. Il contribuera aussi à la
recherche et au développement agronomique en permettant à de nombreuses plantes à valeur
ajoutée de se voir doter de modes opératoires standardisés (MOS) de culture afin d’optimiser et
de stabiliser la production végétale, d’en assurer la qualité et la teneur en ingrédients actifs. Il
contribuera également à la protection de certaines espèces non domestiquées qui sont en voie
de disparition, car leur consommation répond aux besoins nutraceutiques des populations
locales, mais dont la cueillette ne se fait pas systématiquement de façon responsable.
La démarche suivie par BDA contraste singulièrement avec l’approche traditionnellement utilisée
par les acteurs de développement qui mettent en avant des critères plutôt socio-économiques
(vulnérabilité du ménage, origine sociale, appartenance à une minorité, etc.) pour justifier du
choix des bénéficiaires de leurs activités. Cette approche qui se justifie sous les angles de lutte
pour une meilleure justice sociale et contre l’extrême pauvreté se révèle inadaptée pour choisir
des entrepreneurs capables de s’investir, de prendre des risques et de créer des entreprises
exportatrices qui génèreront à l’avenir des retombées économiques et de l’emploi dans leurs
communautés. En cela, cette approche permet de sortir d’une logique d’assistanat vers un réel
empowerment et répond de manière intéressante aux critères d’une économie verte.
Les deux études de cas suivantes font état de pratiques d’agriculture sur abattis-brûlis dans deux
contextes différents. La première en zone soudano-sahélienne qui était viable dans un contexte
de faible densité démographique a été transformée en agriculture sous parc arboré par les
populations qui devaient faire face à un accroissement démographique et qui est aujourd’hui
menacée. La seconde relate une pratique d’agriculture d’abattis-brûlis, en forêt humide au Nord
Laos qui était viable, mais a été transformée par la volonté gouvernementale pour répondre à des
pressions internationales, ce qui a provoqué une perte de biodiversité et un potentiel
appauvrissement des populations locales. On peut y voir comment la modification des pratiques
agronomiques peut améliorer la satisfaction des besoins des populations tout en limitant leurs
impacts sur la forêt et ses fonctions comme écosystème et, au contraire, comment le manque de
connaissances des autorités entraîne de mauvais choix pour le maintien des fonctions
écosystémiques.