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Sébastien Bainville de Montpellier Sup Agro en France présente le cas de la régénération
naturelle assistée et de la culture sous parc arboré en zone soudano-sahélienne. La régénération
naturelle assistée (RNA) contribue à protéger les terres de culture de l’érosion éolienne et
hydrique, à en améliorer la fertilité, à réduire l’évapotranspiration tout en assurant une production
de bois de chauffe et de fourrage. Dans la zone soudano-sahélienne, des populations ont
introduit, à partir d’une agriculture traditionnelle d’abattis-brûlis, un mode d’agriculture semblable
à la RNA en parallèle avec l’augmentation de leurs effectifs. Cette transformation a été rendue
possible par l’adoption de la traction attelée qui a permis de transporter vers des champs situés
loin des habitations le fumier permettant d’en restaurer la fertilité sans recourir à la jachère d’une
quinzaine d’années qui était nécessaire dans l’ancien mode de culture.
L’intensification des cultures s’est accompagnée d’un accroissement du nombre de bovins et du
transport de fumure vers les champs de brousse qui ont pu être cultivés annuellement. Avec une
fumure organique si régulière, les paysans n’ont pas eu besoin de fortes doses d’engrais de
synthèse. D’autant moins que les cultures étaient toujours mises en place sous les parcs arborés
qui contribuent à la fertilité des sols.
La généralisation de la traction attelée s’est donc traduite par une augmentation des surfaces
annuellement mises en culture tout en libérant de l’espace. C’est une intensification sur certains
terroirs, doublée d’une extensification sur d’autres. Il est finalement remarquable que, dans ces
régions, l’intensification agricole de ces dernières années ne se soit pas accompagnée d’une
déforestation marquée et n’ait reposé que partiellement sur les intrants chimiques. Elle n’a donc
pas porté atteinte à la biodiversité sauvage et domestique, bien au contraire. En premier lieu, il
convient de souligner que dans les régions où une large proportion d’agriculteurs a pu disposer
de moyens pour mettre en œuvre ces techniques, la production vivrière a progressé à un rythme
supérieur à celui de la population.
La baisse de la valeur des arachides et la fin des subventions survenues dans la période 1990-
2010 ont eu pour conséquence, pour beaucoup de familles disposant désormais d’équipements
performants, que ces cultures ont perdu de leur intérêt; elles se sont tournées davantage vers les
cultures céréalières, les racines et tubercules et enfin les plantations arboricoles. Dans certains
villages, on assiste donc aujourd’hui à un véritable embocagement du paysage, traduisant des
dynamiques agraires fort éloignées de la déforestation trop souvent dénoncée. Mais la nouvelle
situation est inquiétante en raison de l’incapacité des jeunes agriculteurs de bénéficier d’une
traction attelée, du changement du droit foncier et de l’accaparement des terres par des
investisseurs qui préfèrent la mécanisation du travail et la fertilisation minérale aux méthodes
traditionnelles.
Au cours des dernières décennies, de nombreuses familles paysannes n’ont donc cessé de
protéger des arbres, de reconstituer des espaces de brousse et parfois même de planter de
véritables vergers. Les techniques susceptibles d’assurer à la fois la durabilité des systèmes de
production agricole et la sécurité alimentaire des populations existent et sont bien souvent