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coopératives, composées et dirigées exclusivement par des femmes, comme le veut la tradition
de la production d’huile d’arganier, avaient comme premier objectif leur sensibilisation à une
récolte respectueuse de l’arganeraie et leur participation à sa reforestation.
Mais au-delà de ce premier objectif, il s’agissait d’améliorer leur statut social en leur assurant
revenu et emploi. L’organisation rigoureuse de la production et de la commercialisation de l’huile
d’arganier a permis un accès plus direct aux marchés de l’exportation, plus rémunérateurs que le
marché local. De 1996 à 2011, accompagnant directement l’amélioration de la qualité de l’huile
d’arganier, le prix du litre est passé de 3 à 30 euros. Aujourd’hui, le projet cherche à faire
reconnaître en Europe l’Indication géographique protégée (IGP) Argane reconnue au Maroc en
2009. C’est la première IGP en Afrique.
Les résultats de ce projet sur l’éradication de la pauvreté sont remarquables. La majorité des
femmes de l’arganeraie étaient analphabètes avant leur organisation en coopératives. Les
retombées économiques et d’alphabétisation ont eu un impact social chez les femmes des
coopératives. Le nouveau pouvoir d’achat de ces femmes a eu une incidence importante sur le
bien-être général de leur famille. Le relèvement du niveau intellectuel et culturel des femmes a eu
des répercussions positives, non seulement sur la famille, mais aussi sur le fonctionnement des
coopératives. Il ne fait aucun doute que l’activité des coopératives et les efforts de promotion de
l’huile d’arganier réalisés au cours des dernières années ont contribué au développement du
Sud-Ouest marocain et à la promotion du tourisme régional.
Ce regain d’intérêt contribue à la valorisation de l’arbre et de son milieu aux yeux des
communautés bénéficiaires. Certaines coopératives investissent désormais dans le reboisement
et le dépressage de l’arganeraie et quelques communes ont recruté des gardiens de la forêt. Des
arganiers sont maintenant plantés et la multiplication des plants dans les pépinières des services
publics augmente de façon exponentielle. Les surfaces reboisées ont été multipliées par 100
entre 1998 et 2010. Celles programmées par le gouvernement entre 2012 et 2022 sont estimées
à 60 000 ha/an. La création des coopératives et des associations des ayants droit participe à
cette dynamique, favorable à l’implication de la population dans la sauvegarde de l’arganeraie.
Ces succès ne doivent cependant pas masquer les dangers qui menacent toujours l’arganeraie,
particulièrement en raison du surpâturage, de l’intensification de l’agriculture et de la pression
immobilière.
Cette étude de cas illustre bien les bénéfices de pratiques agroforestières mettant en valeur la
culture, les bénéfices multiples de l’écosystème et des arbres qui le caractérisent. Jusqu’à un
certain point, la valeur ajoutée de l’IGP peut être considérée comme une forme de paiement pour
services environnementaux. On y voit aussi comment une répartition des revenus par un système
coopératif impliquant les plus démunis permet de contribuer à l’éradication de la pauvreté.