Page 29 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_05

Basic HTML Version

5-27
actuellement en vigueur présentent des difficultés, car les populations à qui elles sont concédées
ne disposent pas toujours de personnalité juridique, ce qui les limite dans leur application, car
elles ne peuvent poursuivre les mauvais gestionnaires de ces forêts. Elles doivent
obligatoirement se référer aux structures étatiques compétentes en la matière.
Donc les dispositions juridiques spécifiques à mettre en place pour encadrer la gouvernance
locale des forêts, le rééquilibrage des modes de gestion décentralisées des forêts passerait par
l’instauration des rapports d’interdépendance avec des pouvoirs diffus dans tout le système
d’action local de gestion forestière. Ainsi, il y aura un équilibre des rapports de force entre les
acteurs (populations, structures étatiques, comités de gestion) qui permettra d’asseoir une bonne
gouvernance forestière locale. Le rééquilibrage des rapports de forces offrirait au système
d’action une plus grande flexibilité permettant de concilier les changements législatifs,
règlementaires et institutionnels avec les pratiques séculaires des populations locales en matière
de gestion forestière. Ainsi, les rapports des populations à la forêt, qui étaient régulés par des
normes sociales non formalisées couplées avec l’introduction de rapports d’interdépendance
avec des pouvoirs diffus constitue un espace de négociation d’un modèle de gouvernance
forestière locale qui pourrait être adapté à chaque milieu sociologique.
Par contre, l’émergence de rapports de dépendance ascendants dans la gestion forestière peut
accentuer la marginalisation de certains acteurs locaux du système décisionnel de gestion
forestière qui pourrait entraîner la monopolisation des retombées par une minorité d’acteurs
influents au détriment des populations bénéficiaires.
Dans le nouveau modèle de gouvernance forestière locale, les détenteurs des compétences
forestières locales seraient appelés à jouer un rôle plus actif comme groupe-conseils en matière
de gestion des forêts. Ces groupe-conseils veilleraient à la bonne gestion des comités locaux de
gestion forestière à la lumière des dispositions des textes révisés de manière consensuelle par
l’ensemble des acteurs sur les questions forestières. Il apparaît clairement qu’il faut opérer une
intégration des changements institutionnels apportés par les nouveaux textes législatifs et
règlementaires en matière de gestion forestière avec les pratiques et usages traditionnels des
ressources forestières.
Des pièges
Mais ces changements ne peuvent s’opérer sans que des lacunes techniques, organisationnelles,
normatives et financières ne soient observées dans la gestion forestière. Ces lacunes indiquent
que les populations locales prendront du temps avant d’être outillées pour assumer efficacement
les nouvelles responsabilités associées à la gestion forestière et à négocier une gouvernance
forestière intégrative des changements institutionnels avec les pratiques et usages locaux de la
forêt. Cette situation semble être vraie dans la plupart des pays, car les études réalisées sur la
décentralisation dans six pays à savoir le Sénégal, l’Ouganda, le Népal, l’Indonésie, la Bolivie et
le Nicaragua ont mis en évidence l’insuffisance des moyens pour accompagner le processus de