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Forêts et humains : une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Les sept études de cas qui complètent ce chapitre illustrent les propos des
auteurs cités. Une bonne gouvernance à tous les échelons est nécessaire pour
que l’économie verte, dans le domaine forestier, soit à même d’atteindre ses
objectifs et de contribuer à réduire la pauvreté.
D’abord, Inza Koné du Centre suisse de recherche en Côte d’Ivoire
montre comment ce pays a perdu depuis 1960 les deux tiers de son couvert
forestier, même s’il dispose d’un arsenal législatif et règlementaire développé
qui devrait en théorie lui permettre de gérer adéquatement ses forêts et qu’il a
ratifié les grandes conventions de Rio. Parallèlement, plusieurs institutions éta-
tiques ont été créées avec des missions spécifiques motivées par une volonté
de protection de la nature et ont connu des fortunes diverses.
Les effets de la déforestation et la chasse illégale sur la faune du pays
ont été dévastateurs. Les populations d’animaux se raréfient dans la plupart
des parcs nationaux et réserves forestières, plusieurs espèces ayant été chas-
sées jusqu’à la quasi-extinction ou même l’extinction. Si l’énorme pression
humaine sur les ressources naturelles en Côte d’Ivoire est naturellement liée
à la croissance démographique et la pauvreté, la situation chaotique décrite
dans l’étude de cas montre l’inefficacité des politiques de conservation dans
ce pays. L’auteur démontre, dans un premier temps, que les cadres législatif et
institutionnel de la gouvernance forestière en Côte d’Ivoire devraient théori-
quement garantir l’efficacité des politiques de conservation. L’article montre,
ensuite, que l’échec de ces politiques peut être imputé à une insuffisante appli-
cation des lois, un manque de synergie entre les institutions et une faiblesse
criante des capacités institutionnelles.
Pour leur part, Louis Defo et Martin Tchamba de l’Université de Dschang
montrent comment l’évolution de la gouvernance des forêts au Cameroun
a permis de prendre en considération les droits de chasse des populations
locales et comment cela a permis une plus grande participation communau-
taire et un partage plus équitable des revenus issus de la chasse et des activités
forestières.
Suivant l’esprit du nouveau code forestier adopté au milieu des années
1990 et dans le cadre des stratégies de lutte contre le braconnage, le service
local de l’administration forestière et ses partenaires (GTZ et WWF) ont donc
entrepris de susciter la participation des populations à la gestion de la faune à
travers diverses mesures : zonage participatif de la région, mise en place des
espaces de chasse communautaire, incitation et appui à la création des orga-
nisations villageoises de gestion des ressources fauniques et rétrocession à la
population, d’une partie des gains issus de la chasse sportive.
L’opportunité offerte par le nouveau code forestier a permis, localement,
des avancées non négligeables vers une gestion équitable des ressources fau-
niques et de leurs retombées. Cette avancée est essentiellement visible au