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Chapitre 6 – Une communauté de destins
P o i n t s d e r e p è r e
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Reste la dimension de l’équité sociale, pour laquelle la forêt n’a naturel-
lement pas de rôle et pour laquelle il faut que les termes de l’échange écono-
mique soient rééquilibrés si l’on veut satisfaire à la définition du PNUE. Ce
rééquilibrage ne peut être fait que par une intervention délibérée qui recon-
naisse la valeur des services divers générés par des forêts en bonne santé et
qui rémunère ceux qui en assurent la conservation. La notion de paiement
pour services environnementaux pourrait représenter une manière de réé-
quilibrer les termes de l’échange, mais il faudra aussi penser à raccourcir les
chaînes d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs, à un com-
merce plus équitable, etc. La notion d’économie verte appelle donc à une
réforme des relations économiques traditionnelles entre les consommateurs
et bénéficiaires des services écosystémiques générés par les forêts et ceux qui,
vivant à proximité, doivent agir de manière à les préserver.
L’économie verte ne pourra pas contribuer significativement à la réduc-
tion de la pauvreté si elle ne s’accompagne pas d’une réforme de la gouver-
nance à tous les niveaux, de l’international au local. Au niveau supranational,
outre le système des Nations Unies et les grandes conventions issues de Rio,
les restrictions à l’importation de bois illégaux mis en place par les États-Unis
et la Communauté européenne présentent des pistes d’action intéressantes,
surtout si de semblables règlementations pouvaient être appliquées par des
pays émergents par exemple, grands consommateurs de ressources forestières.
Au niveau national, dans la foulée de la Conférence de Rio en 1992, la
plupart des États ont révisé le cadre légal et règlementaire associé aux forêts.
Malheureusement, sur le terrain, l’application des lois est souvent rendue
inopérante par le manque de capacité du pouvoir local, l’insuffisance de
l’information et de l’éducation ou la corruption. Les initiatives de gestion par-
ticipative sont prometteuses pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion, mais
les conditions pour les mettre en œuvre ne sont pas toujours rencontrées.
Elles s’avèrent aussi peu efficaces si le retour monétaire au niveau local n’est
pas suffisant pour représenter une véritable option pour l’accès à la modernité.
L’analyse se complète par une tentative de répondre à la question :
« Comment l’économie verte peut-elle contribuer à équilibrer le bilan des
forces pour nous permettre de transmettre aux générations futures le patri-
moine forestier et ses services multiples ? »
Dans un premier temps, si elle veut contribuer à améliorer le bilan des
forces agissant sur la forêt pour en maintenir les fonctions malgré l’augmen-
tation des besoins, l’économie verte doit reconnaître et rétribuer les services
écosystémiques en transférant des fonds vers les populations les plus pauvres
qui ont l’impact le plus important sur les forêts, soit pour s’y approvisionner
ou pour les transformer en terres agricoles. Ces transferts de fonds devraient
se faire non pas en fonction d’un marché, mais de fonds internationaux per-
mettant d’établir des contrats entre les parties dont le renouvellement serait