La participation publique dans l’évaluation environnementale en Afrique francophone
P o i n t s d e r e p è r e
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Le contexte africain de participation
Cette volonté de faire participer les personnes à l’évaluation des projets
en utilisant les dispositifs disponibles et en visant les objectifs participatifs et
les principes d’une bonne participation se frotte à une réalité fort différente
dans les pays en développement que celle vécue dans les pays dits développés.
L’encadré 1 expose le contexte difficile dans lequel se pratique la participation
publique.
Contexte socioéconomique de la participation publique
dans les pays francophones d’Afrique et de l’océan Indien
Par
Koassi d’Almeida
,
agent de recherche et de planification, Université Laval
Le développement mené en Afrique francophone depuis les années 1960 est
lourd de conséquences sur le plan environnemental, économique et social. Ce
constat a mis en évidence, entre autres, l’importance de la participation popu-
laire comme une condition de l’efficacité et de la pérennité des actions mises en
œuvre. Comprendre le contexte du développement de la participation publique
en Afrique francophone, c’est connaître les facteurs historiques, institutionnels,
politiques, économiques, sociaux et culturels qui l’ont influencée. C’est également
s’enquérir brièvement de l’expérience antérieure de la pratique de la participation
publique dans ces pays.
Ces pays ont en effet hérité de l’administration coloniale, un système de gestion
centralisée
8
qu’ils ont maintenu. La centralisation du pouvoir était justifiée par la
nécessité d’assurer l’unité des jeunes États naissants qui, souvent, étaient en proie
à des dissensions ethniques internes risquant à tout moment de les démanteler.
Pendant longtemps, le carcan institutionnel dans lequel s’exerçait la gouvernance
des affaires publiques s’est plutôt renforcé dans l’autoritarisme et n’a pas su ins-
taurer une culture démocratique.Lemonopartisme et son autoritarisme représentent
la seule expérience de l’État africain après les indépendances (Schmitz, 1992). Et
pourtant, c’est en s’opposant à l’autorité coloniale et en voulant l’autonomie que
sont nées les nouvelles nations africaines. Cette situation a eu comme conséquence
importante un manque de confiance des populations envers le pouvoir public. On
assiste donc à un rejet de l’État par les populations (Totté
et al
., 2003).
D’ailleurs,
le début des années 1990 qui a vu l’émergence de la démocratie dans les pays
francophones souffre encore de cette conséquence. Dans bon nombre de pays, les
populations se méfient des nouveaux démocrates (Ela, 1994).
Dans ces pays à 75% composés de populations rurales aux systèmes sociopo-
litiques traditionnels très complexes, l’agriculture, principale source d’enrichis-
sement, doit faire face aux aléas climatiques et aux soubresauts des marchés
internationaux. Les populations sont préoccupées à lutter pour leur survie. Les
8.
À ce propos, Amozou (2009), dans le deuxième chapitre de son ouvrage, fait une analyse intéressante
des systèmes de gouvernance coloniaux et postcoloniaux en Afrique, en comparant les systèmes
français et anglais.
Encadré 1