Chapitre 1 – La participation citoyenne
P o i n t s d e r e p è r e
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indicateurs de développement humain dans bon nombre de pays francophones
d’Afrique et de l’océan Indien, dont entre autres l’alphabétisme, l’espérance de
vie et le niveau de vie, sont bas. L’étroitesse des marchés nationaux, la rareté des
ressources et l’insuffisance des investissements fragilisent les pays qui, de plus,
doivent se soumettre aux ajustements structurels imposés par les bailleurs de
fonds internationaux. Tous ces facteurs n’ont fait que renforcer la paupérisation
d’une majeure partie des populations. Il s’en est suivi un désengagement de
l’État de la plupart de ses fonctions, impliquant une prise en charge des popula-
tions par elles-mêmes. Les initiatives de décentralisation du pouvoir qui ont été
mises en place n’ont pas toujours conduit, dans beaucoup de pays, aux résultats
escomptés (Amouzou, 2009).
Sur un autre plan, les stratégies de développement mises en œuvre dans ces pays
depuis leur indépendance ont été lancées sans une réelle implication des popu-
lations (d’Almeida, 2005). Pendant plusieurs décennies, la participation publique
a été un concept à la mode dans la planification du développement. Son opéra-
tionnalisation a souvent connu des échecs. L’utilisation qu’on en fait est variée.
Certains programmes conçus de l’extérieur voyaient dans la participation publique
un moyen de rechercher l’adhésion
a posteriori
des communautés. Dans certains
cas, elle est utilisée comme un moyen rapide d’informer ou de sensibiliser les com-
munautés pour obtenir une adhésion formelle ou une mobilisation ponctuelle. Dans
d’autres cas, elle est utilisée soit comme un moyen de transférer à la population des
fonctions et des coûts matériels et financiers découlant des décisions prises sans
leur implication, soit comme moyen de surmonter les difficultés liées à la mise en
œuvre de programmes définis sans concertation (Bonnal, 1995).
Au-delà de ces éléments critiques qui hantent la mise en place d’un véritable
processus de prise de décision impliquant les populations locales, il y a lieu de
mentionner certains facteurs favorables à la participation publique en Afrique
francophone. L’ascension vers de nouveaux modes de gestion du pouvoir est
en effet irréversible dans ces pays, un acquis important malgré la fragilité des
nouvelles démocraties. La vie associative en milieu rural et l’émergence des
groupements paysans comme lieux de discussion et de prise de parole sont en
quelque sorte des illustrations de la prise de conscience des populations rurales
par rapport aux problèmes socioéconomiques et environnementaux qui les
affligent. Sur ce dernier point, il est intéressant de noter l’ouverture des commu-
nautés rurales au changement et à l’innovation, ainsi que leur volonté d’acquérir
et de profiter des nouvelles technologies pour dialoguer avec leurs interlocuteurs.
Les communautés rurales perçoivent l’alphabétisation comme un moyen d’éviter
la marginalisation. De plus, la communauté internationale, en ciblant l’échelle
locale comme lieu privilégié pour la mise en œuvre du développement durable,
met en évidence le rôle et la place des acteurs de la base dans les processus
de développement. La participation de la population doit s’exprimer d’abord à
l’échelon local. À cela s’ajoutent également la place et l’importance dont jouit la
société civile dans les grandes négociations internationales sur l’environnement
et le développement durable (d’Almeida, 2005).
Encadré 1