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en 2012, afin de structurer une meilleure gouvernance lignes directrices pour la gestion durable des sols, récem -
globale des sols du monde et favoriser leur maintien en ment parues sous l’égide de la FAO et du GSP, ou encore
bon état ; lancement de son Groupe technique inter- la proposition de la CNULCD pour étendre le concept
gouvernemental sur les sols (ou Intergovernmental technical de NDT à tous les pays, y compris ceux non inclus dans
Panel on soils, ITPS), Interface Science-Politique accom- cette Convention.
pagnant le GSP ; inclusion du concept de la neutralité en
matière de dégradation des terres (NDT) dans les Objec - La question est donc de savoir comment s’appuyer sur ce
tifs de développement durable (ODD) en 2015, puis lors momentum apparent pour aller plus loin. Quels sont les
de la CdP13 de la Convention des Nations Unies sur la obstacles et comment les relever ? Un rapide détour rétro -
lutte contre la désertification (CNULCD) ; déploiement spectif nous permet dans un premier temps d’identifier les
d’initiatives sur le « nexus » sécurité alimentaire-climat processus par lesquels les sols se sont hissés à cette position
dans le cadre de l’agenda des solutions de la Convention dans l’agenda international depuis les années 1980. C’est
climat (« 4 pour mille, les sols pour la sécurité alimentaire en effet en 1982 qu’est adoptée à la FAO la Charte mon-
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et le climat », initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture diale des sols (World Soil Charter) pour la gestion durable
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en Afrique - AAA)… De manière plus prospective, la et la protection des sols, qui n’aura cependant qu’un effet
préparation pour 2018 du rapport sur la dégradation et la marginal. Au cours de la décennie suivante, plusieurs
restauration des terres par la Plateforme intergouverne- organisations, avec le soutien du gouvernement allemand,
mentale sur la biodiversité et les services écosystémiques proposent de créer une convention internationale similaire
(IPBES) devrait également permettre de mieux prendre aux trois conventions de Rio pour les sols. Le projet
en compte les enjeux liés à la biodiversité des sols et leur n’aboutira pas, faute notamment de soutien politique de
érosion. Sans détailler chacune de ces évolutions, on peut la part de nombreux États et d’une trop faible mobilisation
en tirer trois constats. de la société civile. C’est au tournant des années 2005 que
les problématiques liées aux sols réapparaissent plus fran-
Le premier est que ces évolutions n’assurent qu’une prise chement dans l’agenda international, en particulier au
en charge partielle des enjeux mentionnés en introduction. travers de la question, plus large, de l’usage des terres au
En particulier, la biodiversité et, dans une moindre mesure, moment de la crise des prix agricoles. Trois facteurs
la sécurité alimentaire sont relativement moins bien prises expliquent en grande partie ce cheminement difficile.
en compte que les enjeux de stockage de carbone dans les
sols ou de restauration à grande échelle. Le premier, positif, tient aux efforts mis en œuvre, col-
lectivement et individuellement, par toute la commu-
Le second est le besoin de transversalité entre ces différents nauté académique des sciences du sol. Ainsi, dès la fin des
processus. À cet égard, la matière organique des sols est années 1990, l’International union of soil scientists met en
considérée depuis longtemps comme un objet-frontière place un groupe de travail intitulé International Actions for
susceptible de faire le lien entre les trois conventions de the sustainable use of soils, qui aboutira en 2002 à l’adop-
Rio (désertification, changement climatique et biodiver - tion d’un World soil Agenda. Neuf objectifs sont fixés à
sité). En effet, une bonne gestion de cette matière orga- cette époque. L’activisme dont ont fait preuve les scienti -
nique permet de traiter simultanément de questions de fiques de cette communauté a permis, 15 ans plus tard,
fertilité, d’émission ou de stockage de gaz à effet de d’atteindre bon nombre de ces objectifs : la création de
serre, de biodiversité des sols, ou encore de stabilité struc - l’ITPS et la révision de la charte mondiale des sols (adoptée
turale et de rétention d’eau face aux problématiques de en 2015 par la FAO), la publication d’un état des lieux sur
désertification. la dégradation des sols dans le monde (2015), l’inclusion
des enjeux liés aux sols dans l’agenda du développement
Le troisième aspect à retenir est le caractère fondamenta - (2015) et, plus récemment, la définition de lignes direc-
lement volontaire et non-contraignant des processus en trices pour les politiques nationales de conservation des
cours et le peu de résultats obtenus jusqu’à présent – une sols (2017).
situation au demeurant normale compte tenu du pas de
temps considéré. Si on parle beaucoup plus des sols et si Ce travail de mise en politique a été entrepris en particu -
on crée pour eux des espaces de dialogues internationaux, lier pour faire face à deux autres dynamiques plutôt défa -
cela ne s’est pas traduit, jusqu’à présent, par des obligations vorables à une meilleure prise en compte des sols. Il s’agit
de résultats pour les pays. Ainsi du cadre des ODD ou des d’une part des grandes incertitudes qui entourent encore
aujourd’hui de nombreux domaines des sciences du sol.
S’il existe bien un consensus autour de la dégradation
1. http://4p1000.org/ continue des sols dans le monde, leur immense diversité,
2. http://www.aaainitiative.org/fr/initiative
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 37
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