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localement fonction de la géologie, du climat, de l’éco- l’Autriche, la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas).
système, de leur âge et des usages auxquels ils sont soumis, La stratégie mise en avant par la communauté des pédo-
empêche toute généralisation hâtive concernant des éven - logues est plutôt de continuer à montrer que les sols sont
tuelles solutions. De nombreuses incertitudes existent aussi indispensables à l’atteinte des objectifs fixés par les autres
sur la dynamique de la matière organique et donc du accords internationaux contraignants. L’idée serait alors,
carbone dans les sols, complexifiant les discussions quant chemin faisant, de pousser vers l’émergence de protocoles
au rôle des sols face au changement climatique : combien ou d’initiatives à l’intérieur de chaque convention, qui
peut-on stocker de carbone, en combien de temps et pour prendraient mieux en charge les sols.
combien de temps, où, etc. ? Des controverses existent
également sur les différences et les relations entre savoirs Néanmoins, quelles que soient ces avancées envisageables
locaux, notamment des professions agricoles, et savoirs ou possibles, elles devront parvenir à lever les hypothèques
scientifiques dans de nombreuses régions du monde. Ces sur la question des incertitudes. Gageons que l’intérêt
différents éléments sont au moins aussi structurants, dans renouvelé des politiques pour les sols, notamment face
les débats, que ce qui fait consensus, rendant de ce fait aux changements climatiques, permettra de (re)financer
difficile le traitement politique du problème qui, lui, sup - des recherches permettant de réduire certaines de ces
pose de pouvoir fixer des objectifs simples en se basant sur incertitudes. Plus problématique sera cependant la réponse
des indicateurs consensuels. À cet égard, la place actuelle que pourra apporter la communauté aux questions de
des sols dans l’agenda international doit probablement couplage entre gestion du sol et gouvernance du foncier.
beaucoup à la mise en politique progressive du concept Dans l’état actuel, si les entrepreneurs de cause des sciences
de NDT. Si celui-ci fait l’objet de vives critiques au sein du sol sont bien conscients du verrouillage que cela consti -
de la communauté académique, il donne aux décideurs tue, et s’ils appellent à plus de discussions interdiscipli-
un horizon normatif en apparence simple et facile à com - naires, ils ne sont pas parvenus à enrôler autour d’eux
3
muniquer auprès du grand public . suffisamment de spécialistes de ces questions venant des
sciences sociales. En témoigne par exemple la composition
D’autre part, les promoteurs du sol ont fréquemment eu de l’ITPS ou du comité scientifique et technique du
à faire face à l’opposition active de certains acteurs ou 4 pour mille, dans lesquels les sciences sociales sont
groupes d’acteurs, et en particulier les États eux-mêmes. sous-représentées.
Ces derniers, soulignant le caractère local des sols et le
fait que leur dégradation n’affecte pas d’autres régions du
monde, revendiquent leur prise en charge au niveau local
et délégitiment ainsi toute tentative de gouvernance mon -
diale. L’argument, qui a su faire mouche dans bien des cas,
cache souvent un autre problème : la difficile distinction
entre gestion du sol sur le plan technique et usage des
terres, sujet politique s’il en est. Il renvoie en effet aux
questions de gouvernance foncière, sur lesquelles les États
cherchent bien souvent à protéger leurs prérogatives. Dans
ce contexte, et en admettant dans le cadre de cet article
(la réalité est probablement plus nuancée) qu’une meilleure
gestion des sols passe par une gouvernance globale plus
contraignante, quelles sont les avancées possibles à court
et moyen terme ? Comment lever les deux principales
difficultés identifiées ?
Parmi les propositions qui ont été faites, celle d’une
convention contraignante pour les sols, faite au milieu des
années 1990, a peu de chance d’advenir, notamment si
l’on considère l’échec des négociations européennes pour Crédit photo : IRD – Tiphaine Chevallier
l’adoption d’une directive-cadre sur la protection des
sols, rejetée fin 2007 (suite au blocage de l’Allemagne,
3. Le cas du 4 pour mille peut certainement se lire de manière
similaire.
38 liaison énergie-francophonie
système, de leur âge et des usages auxquels ils sont soumis, La stratégie mise en avant par la communauté des pédo-
empêche toute généralisation hâtive concernant des éven - logues est plutôt de continuer à montrer que les sols sont
tuelles solutions. De nombreuses incertitudes existent aussi indispensables à l’atteinte des objectifs fixés par les autres
sur la dynamique de la matière organique et donc du accords internationaux contraignants. L’idée serait alors,
carbone dans les sols, complexifiant les discussions quant chemin faisant, de pousser vers l’émergence de protocoles
au rôle des sols face au changement climatique : combien ou d’initiatives à l’intérieur de chaque convention, qui
peut-on stocker de carbone, en combien de temps et pour prendraient mieux en charge les sols.
combien de temps, où, etc. ? Des controverses existent
également sur les différences et les relations entre savoirs Néanmoins, quelles que soient ces avancées envisageables
locaux, notamment des professions agricoles, et savoirs ou possibles, elles devront parvenir à lever les hypothèques
scientifiques dans de nombreuses régions du monde. Ces sur la question des incertitudes. Gageons que l’intérêt
différents éléments sont au moins aussi structurants, dans renouvelé des politiques pour les sols, notamment face
les débats, que ce qui fait consensus, rendant de ce fait aux changements climatiques, permettra de (re)financer
difficile le traitement politique du problème qui, lui, sup - des recherches permettant de réduire certaines de ces
pose de pouvoir fixer des objectifs simples en se basant sur incertitudes. Plus problématique sera cependant la réponse
des indicateurs consensuels. À cet égard, la place actuelle que pourra apporter la communauté aux questions de
des sols dans l’agenda international doit probablement couplage entre gestion du sol et gouvernance du foncier.
beaucoup à la mise en politique progressive du concept Dans l’état actuel, si les entrepreneurs de cause des sciences
de NDT. Si celui-ci fait l’objet de vives critiques au sein du sol sont bien conscients du verrouillage que cela consti -
de la communauté académique, il donne aux décideurs tue, et s’ils appellent à plus de discussions interdiscipli-
un horizon normatif en apparence simple et facile à com - naires, ils ne sont pas parvenus à enrôler autour d’eux
3
muniquer auprès du grand public . suffisamment de spécialistes de ces questions venant des
sciences sociales. En témoigne par exemple la composition
D’autre part, les promoteurs du sol ont fréquemment eu de l’ITPS ou du comité scientifique et technique du
à faire face à l’opposition active de certains acteurs ou 4 pour mille, dans lesquels les sciences sociales sont
groupes d’acteurs, et en particulier les États eux-mêmes. sous-représentées.
Ces derniers, soulignant le caractère local des sols et le
fait que leur dégradation n’affecte pas d’autres régions du
monde, revendiquent leur prise en charge au niveau local
et délégitiment ainsi toute tentative de gouvernance mon -
diale. L’argument, qui a su faire mouche dans bien des cas,
cache souvent un autre problème : la difficile distinction
entre gestion du sol sur le plan technique et usage des
terres, sujet politique s’il en est. Il renvoie en effet aux
questions de gouvernance foncière, sur lesquelles les États
cherchent bien souvent à protéger leurs prérogatives. Dans
ce contexte, et en admettant dans le cadre de cet article
(la réalité est probablement plus nuancée) qu’une meilleure
gestion des sols passe par une gouvernance globale plus
contraignante, quelles sont les avancées possibles à court
et moyen terme ? Comment lever les deux principales
difficultés identifiées ?
Parmi les propositions qui ont été faites, celle d’une
convention contraignante pour les sols, faite au milieu des
années 1990, a peu de chance d’advenir, notamment si
l’on considère l’échec des négociations européennes pour Crédit photo : IRD – Tiphaine Chevallier
l’adoption d’une directive-cadre sur la protection des
sols, rejetée fin 2007 (suite au blocage de l’Allemagne,
3. Le cas du 4 pour mille peut certainement se lire de manière
similaire.
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