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de la biodiversité) et ses effets exportés (érosion des bassins durabilité des infrastructures et des investissements qui y
versants, inon dations, crues). C’est un cercle vicieux qui étaient consentis ni leurs impacts à long terme sur l’amé -
s’installe, où la dégradation des ressources naturelles lioration des conditions de vie. La réflexion sur les impacts
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entraîne la pauvreté qui, elle-même, entraine des pratiques à long terme et les revendications de plus en plus fortes
de plus en plus agressives, de moins en moins adaptées à des populations pour une plus grande équité dans le par -
ces milieux. En effet, la vulnérabilité naturelle de ces tage des richesses nationales à l’échelle des différentes
milieux est exacerbée par la variabilité climatique struc- régions conduisent aujourd’hui à une planification plus
turelle et, notamment, des pratiques qui ont rompu l’équi - rigoureuse des activités de lutte contre la désertification
libre homme-nature depuis des décennies. En effet, et dans le cadre d’un programme de développement intégré
dans le contexte d’une démographie galopante, les pro- et inclusif. Le financement de ces programmes doit lui
grammes de développement de ces zones, menés par des aussi rompre avec les approches de mobilisation des res-
politiques productivistes centralisées, ont été, au lende- sources fondée sur les projets pour s’inscrire dans une
main des indépendances, souvent en rupture avec leurs approche stratégique qui diversifie les sources de finance -
réalités sociales, tournées vers la satisfaction des besoins ments pour des périodes plus longues et en s’appuyant en
des métropoles. Ces programmes ont conduit les popula - premier lieu sur les ressources internes, qu’elles soient
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tions locales à l’adoption de pratiques agro-sylvo-pasto- nationales ou/et locales .
rales inadaptées, en rupture avec les savoirs et savoir-faire
hérités qui ont pu être développés par le passé pour assurer Au niveau global, la désertification n’a pas l’audience du
la résilience de leur système d’exploitation face à l’austérité changement climatique ou de la perte de la biodiversité,
de ces milieux. En constatant l’échec de ces politiques et qui réussissent à focaliser l’attention des médias et des
en écoute aux revendications de plus en plus fermes des décideurs et drainent les financements. Elle ne fait parler
populations concernées, le Sommet de la Terre à Rio, en d’elle qu’à l’occasion des grandes famines qui dévastent
1992, a promu le développement durable comme nouveau épisodiquement certains pays en Afrique subsaharienne.
paradigme de développe ment qui inclut les populations C’est alors un amalgame que de confondre sécheresse et
locales dans les choix de développement de leurs terri- désertification, quand on sait que la sécheresse n’est pas la
toires, basés sur des principes de gestion intégrée des cause de la désertification mais qu’elle constitue un facteur
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ressources naturelles. Depuis, ces principes s’affirment de aggravant de ses conséquences . Pourtant, la désertification
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Sommet en Sommet et les pays concrétisent leurs enga- se trouve à la croisée des problématiques environnemen-
gements à travers des politiques de décentralisation et de tales qui ont alimenté les Sommets de la terre à Rio, les
démocratie participative de plus en plus ancrée. zones arides étant un réservoir de la biodiversité parti-
culièrement adaptée aux conditions de sécheresse et de
La désertification est avant tout un problème de planifi- stress hydrique. Par ailleurs, la biodiversité augmente les
cation du développement et de financement dans des capacités de récupération des écosystèmes après perturba -
régions marginalisées auquel il faut pallier aujourd’hui tion et les terres restent le principal support de la biodi-
avec des programmes et plans de lutte spécifiques. De fait, versité biologique. Il faut donc les conserver pour préserver
ce sont souvent les régions les plus pauvres des pays tou- la biodiversité.
chés , excentrées par rapport aux lieux de pouvoir central,
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avec une démographie galopante et des ressources natu- Par ailleurs, la désertification commence à être évoquée
relles vulnérables qui sont les plus touchées. Historique- dans les débats sur la prise en charge des problèmes de
ment, ces limites ne favorisaient guère les investissements migrations irrégulières comme l’une des nombreuses
et cantonnaient l’œuvre de développement à des projets causes de départ de migrants vers les eldorados européens
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localisés, circonscrits dans le temps et dans l’espace, avec et américains à la suite de la dégradation des sources de
des financements souvent extérieurs accordés dans le vie dans leurs pays et régions d’origine. Il est estimé que
cadre de l’aide au développement. Ceci ne favorisait ni la
6. Accords d’Accra et de Paris sur l’aide au développement et Décla -
4. Sommet mondiale sur le développement durable en 2002 à ration de Busan sur le partenariat pour le développement
Johannesburg (Afrique du Sud) et Sommet Rio+20 à Rio de 7. PNUD et FEM, Élaboration de stratégies de financement inté -
Jainero (Brésil) grées pour la gestion durable des sols – Introduction à l’intention
5. Dorsouma Al Hamndou et Mélanie Requier-Desjardins, Varia - des pays les moins avancés et des petits États insulaires en déve -
bilité climatique, désertification et biodiversité en afrique : loppement, 2008, consulté le 31 juillet 2017, URL http://
s’adapter, une approche intégrée, vertigo, vol. 8 N° 1, avril unisfera.org/sn_uploads/DFIS_French___FINAL.pdf
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Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 19
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