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Il a été admis en 2006 que le Fonds pour l’environnement À l’époque, des négociations pour l’adoption du principe
mondial (FEM) pouvait ouvrir un « guichet » au titre de de la Convention sur la lutte contre la désertification
la dégradation des terres. Le Fonds français pour l’envi- (comités préparatoires de la Conférence de Rio en 1991
ronnement mondial (FFEM) a ensuite fait de même. et 1992) les États africains espéraient trouver là un nouveau

En 2007, la CdP8 de Madrid a adopté une stratégie décen - mode de financement ; la plupart des pays développés, et
notamment le Japon et les États-Unis, y étaient opposés
nale et elle s’est donnée les moyens de contrôler sa mise et il a fallu d’âpres négociations en avril 1992 à New York,
en œuvre. Il a été recommandé de relier davantage la à la dernière conférence préparatoire, pour faire inscrire
Convention avec la Convention-Cadre des Nations Unies le principe de la Convention dans le chapitre 12 de
sur les Changements Climatiques (CCNUCC), notam- l’Agenda 21, en particulier sous l’impulsion de la France
ment sous l’angle de la participation de la restauration des et de l’Union européenne.
milieux dégradés au stockage du carbone.
Aujourd’hui encore, les pays touchés ne cessent de récla -
Le premier objectif de base de la Convention est l’in- mer des fonds spéciaux ; les pays développés répondent
troduction de la lutte contre la désertification dans les qu’il convient déjà de mieux utiliser l’aide au développe -
politiques nationales de développement économique et ment existante et que la désertification n’est pas vraiment
social. Le deuxième objectif est de lier lutte contre la un phénomène d’environnement global. Ces positions
désertification et lutte contre la pauvreté. Le troisième sont contestables et toujours en cours de discussions. On
objectif est de mobiliser la société civile par la partici- constate actuellement que pratiquement tous les pays tou -
pation des populations. Le quatrième est de mobiliser chés ont mis en place un mécanisme national de coordi-
la communauté internationale et les pays développés nation et ont adopté un PAN mais que la mise en œuvre
non directement touchés par la désertification en leur concrète de projets dans ce cadre tarde.
permettant d’adhérer à la Convention. Le cinquième
est de renforcer l’accès à l’information et aux résultats Les pays touchés se sont également engagés à mettre en
de la recherche scientifique et technologique. œuvre des stratégies régionales et sous-régionales en défi -
Concrètement, les pays Parties touchés se sont engagés à nissant des Plans d’Action Régionaux (PAR) et des
plans d’action sous-régionaux (PASR). Pratiquement
mettre en place une unité de coordination au niveau tous les pays et organisations sous-régionales ont aujourd’hui
de leur administration centrale pour favoriser la coordi- adopté leur PAN et leur PASR mais peu les ont entière-
nation entre les ministères intéressés ; ils se sont engagés ment ou partiellement mis en œuvre.
à élaborer un Plan d’Action National (PAN) qui tient
compte d’initiatives et de projets existants et qui s’intègre Un aspect original de la Convention est la reconnaissance
dans les plans, programmes et projets de développement de l’importance de l’information sur les processus de la
et de lutte contre la pauvreté ; ils se sont engagés à faire désertification, de la collecte et du traitement des données
participer la société civile pour la définition des objec - pour la compréhension des processus et la définition des
tifs locaux et nationaux, pour l’exploitation des savoir- moyens et des méthodes de lutte à recommander. On a
faire locaux, pour la décentralisation des processus de reconnu également la pertinence de l’utilisation de nou -
décision. Dans chaque pays affecté, il y a un « point focal velles technologies comme de celle de technologies
national » qui est l’intermédiaire entre le Secrétariat de la traditionnelles à réhabiliter. Des efforts de normalisation
Convention et les autorités nationales. et d’harmonisation des données ont été entamés ; la défi-
L’Afrique a fait l’objet d’une attention particulière précisée nition d’indicateurs de suivi-évaluation adoptés par
toutes les parties a progressé, sous l’impulsion notamment
dans l’annexe 1 de la Convention. Un certain nombre de de l’Observatoire du Sahara et du Sahel en liaison avec le
pays africains de cette annexe ainsi que bon nombre Comité de la science et de la technologie (CST) de la
d’autres pays des autres annexes pensent que la Convention Convention. Cependant, il reste beaucoup à faire pour
ne devrait concerner que les pays affectés par la désertifi - harmoniser les indicateurs de dégradation des terres uti-
cation au sens de la définition de la CNULCD dans son lisés dans les pays et pour définir des indicateurs de suivi
article premier, alors que se dessine une tendance pour que des actions de lutte.
la Convention concerne tous les pays affectés par des pro-
blèmes de dégradation des terres. On constate surtout que la notion même de désertification
n’est pas suffisamment bien définie, ainsi que les idées forces
Il faut noter qu’aucune obligation contraignante de mettre comme « zones touchées par la désertification » et « popula-
des fonds à disposition de la Convention n’a été adoptée. tions concernées » . Il en résulte qu’à l’occasion des rapports



Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 23
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