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que doivent faire les pays Parties tous les deux ans, il n’est une sorte d’équilibre que cette notion de NDT est censée
vraiment pas possible de faire un état de la déser tification définir. L’analyse des avantages et des risques de cette
dans le monde tant les différences d’appréciation de ces approche est en cours. On voit dans cette initiative l’in-
notions entre les pays sont notables ; il en est de même fluence des mécanismes de marchés mis en place sous
pour ce qui concerne les rapports des pays développés qui l’égide de la CCNUCC et celle des mécanismes de com -
doivent exposer leurs actions en faveur des pays touchés. pensation mis en place sous l’égide de la Convention
Le système PRAIS (Performance Review and Assessment biodiversité. Comme la lutte contre la désertification
of Implementation) mis en place en 2012 a certes apporté concerne essentiellement les acteurs du développement
des améliorations dans les rapports des pays Parties, mais agricole, pastoral et forestier, l’agriculture familiale, la
il souffre de ce manque de définitions précises. sécurité alimentaire, la pauvreté, on se demande comment
des fonds privés dont le but est d’être rentables vont pou -
On a également constaté au fil du temps la faiblesse des voir intervenir sans bouleversements.
apports scientifiques malgré la volonté affichée, due en
partie à l’incapacité institutionnelle du CST. Ce comité, En définitive, la Convention sur la lutte contre la
composé de personnalités, pas nécessairement scientifique, désertification n’a pas encore atteint une impor-
nommées par les Etats n’a jamais eu les moyens de travail - tance correspondant à la gravité du phénomène.
ler. Il a donc été décidé en 2008 d’organiser régulièrement
des conférences scientifiques qui rendent compte au CST Elle ne mobilise pas assez les pays touchés qui n’ont pas
puis à la CdP des progrès réalisés. Trois conférences se pris la mesure de leurs solidarités régionales, en particulier
sont tenues depuis lors. Ces tentatives ne seront pas renou - les africains ; elles ne passionne pas les pays développés qui
velées. En complément un SPI, Science Policy Interface, n’ont pas encore mesuré l’ampleur du processus de déser -
a été mis en place pour faciliter le dialogue entre scienti - tification et de ses conséquences économiques, sociales et
fiques et décideurs politiques. Ce dispositif est en cours environnementales ; elle ne représente pas un enjeu éco-
d’évaluation, sa mise en place d’une façon assez légère a nomique comme ceux de la Convention biodiversité qui
été vue pour éviter de créer de nouvelles organisations peuvent avoir des conséquences sur les recherches géné-
comme le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur tiques, les industries pharmaceutiques et des semences ;
elle n’est pas issue d’un lobby scientifique puissant et n’a
l’Evolution du Climat (GIEC), qui accompagne la
Convention sur les climats, ou la Plateforme intergouver - apparemment pas de conséquences industrielles comme
nementale sur la biodiversité et les services écosystémiques la réduction des émissions de gaz à effet de serre recom-
(IPBES). mandée par la Convention cadre sur les changements
climatiques.
Enfin, il est frappant de constater que le Secrétariat exé-
cutif de la Convention a lancé il y a quelques années des On pourrait suggérer aux Parties de mieux faire com-
initiatives originales pour tenter de relancer la dynamique prendre les enjeux mondiaux de la Convention : non
d’origine de celle-ci : il y a eu tout d’abord le « Zero Net seulement elle concerne pratiquement un tiers de l’hu-
Land Degradation », inspiré du No Net Loss de la Conven - manité et une grande partie des terres cultivables et culti -
tion Biodiversité, suivi maintenant par la neutralité en vées et la majeure partie des terres de parcours, mais
matière de dégradation des terres (NDT). également, il n’est pas assez entendu que les personnes
concernées sont parmi les plus pauvres de notre planète,
Cette notion est censée sensibiliser les pays touchés comme qu’elles vivent presqu’uniquement de leurs ressources
les pays coopérants et surtout les bailleurs de fonds, publics naturelles et qu’elles n’ont pas la possibilité d’investir.
et privés. Comme nous sommes dans une période de
diminution de l’aide public au développement et surtout Enfin, l’aggravation des dérèglements climatiques fragilisent
des dons, il est tentant de rechercher des fonds privés qui encore plus ces agriculteurs et ces éleveurs qui sont les
participeraient à de grandes opérations de restauration et meilleurs acteurs de la réhabilitation de leur milieu, et de
de réhabilitation des milieux dégradés pour parvenir à l’environnement planétaire. Il est grand temps d’agir.













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