Page 52 - La pandémie de la COVID-19
P. 52
mesures de distanciation sociale (Marbot, 2020). L’expé- Les impacts sociaux de la COVID-19 :
rience des épidémies se combine avec une expertise dans une vulnérabilité renforcée par
le domaine textile, laquelle permet d’approvisionner la la crise sanitaire
population en masques de qualité, fabriqués localement,
pouvant la protéger. La jeunesse de la population africaine La COVID-19 est une catastrophe humanitaire qui révèle
pourrait également expliquer les écarts entre l’Afrique et les failles des systèmes à l’échelle mondiale. La menace
d’autres régions du monde, notamment l’Europe de l’Ouest, bien présente de voir chuter certains États peut favoriser
l’Asie de l’Est et l’Amérique du Nord (Deluzarche, 2020). l’agitation sociale et la formation de groupes extrémistes
(El-Erian, 2020). À cet effet, les pandémies et les épidémies
Il faut bien entendu nuancer cette lecture en indiquant en renforceraient les tensions préexistantes et troubleraient
contrepartie que plusieurs africains sont déjà vulnérabilisés l’ordre social. En outre, les mesures de confinement,
étant donné qu’ils souffrent de malnutrition ou sont susceptibles d’être accueillies avec méfiance par les popu-
atteints d’autres maladies comme le VIH ou des maladies lations, peuvent amplifier les révoltes (Jamison et al., 2017).
pulmonaires (Marbot, 2020). Bien qu’elle soit hautement C’est donc la menace d’une crise politique qui vient s’ajou-
controversée, l’hypothèse proposant que le système immu- ter à une crise sanitaire, ce qui laisse les populations dans
nitaire des africains soit plus résistant que celui du reste un climat d’incertitude, d’instabilité et de peur.
de la population mondiale, en raison de la présence de
différentes maladies, pourrait expliquer que les Africains Les personnes en situation de pauvreté, souffrant de la
semblent moins touchés par la COVID-19 (Marbot, 2020 ; précarité de leurs conditions de vie (ressources de première
Deluzarche, 2020). Certains médicaments largement uti- ligne restreintes, difficultés d’accès à des soins de santé et
lisés dans le traitement des maladies dont souffrent les à des services sociaux, violences basées sur le genre), voient
populations africaines, comme la chloroquine, auraient leur santé mentale affectée de façon plus marquée lors
des effets protecteurs (Limam et al., 2020 ; Marbot, 2020). d’épidémies (Omigbodun et Abdulmalik, 2020 ; OPS/
Cependant, il faut rester prudent par rapport à ces liens OMS, 2020). Les populations vulnérables africaines en
de cause à effet. temps de confinement ont des préoccupations liées au
maintien en emploi, aux finances et à la capacité de nourrir
Les facteurs présentés ci-dessus sont positifs. Néanmoins, leur famille (Cleary, 2020 ; Milano, 2020).
plusieurs régions africaines sont encore vulnérables à la
COVID-19, dont l’éradication demeure une priorité sani- Crédit photo : Pixabay.com
taire à l’échelle mondiale. L’Afrique subsaharienne, une
des régions les plus démunies avec un indice de dévelop-
pement humain ajusté aux inégalités (IDHI) de 0,376,
subit de plein fouet les conséquences psychosociales de la
COVID-19 en comparaison avec les pays de l’Organi
sation de coopération et de développement économiques
(OCDE), où l’IDHI est de 0,790 (Kovacevic et Jahic,
2020). Les systèmes de santé des pays africains sont fragiles
étant donné leurs ressources et équipements limités (méde-
cins, infirmiers, hôpitaux, lits, tests, etc.) en plus d’être
déjà surchargés par des patients souffrant de maladies qui
fauchent chaque année un nombre important de vies
(Fies et al., 2020 ; Fall et Dimé, 2020 ; Moulds, 2020).
Les règles d’hygiène de base sont parfois impossibles à
respecter, car l’accès à l’eau potable est un enjeu pour
plusieurs régions africaines (Fies et al., 2020 ; Joncas, 2020).
À partir de cette mise en contexte, nous présenterons
les impacts sociaux de la COVID-19 afin de rendre
compte des différentes répercussions du virus sur la santé
psychologique des groupes les plus vulnérables.
52 LIAISON ÉNERGIE-FRANCOPHONIE

