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(Bernoux et Chevallier, 2013). Cette pauvreté en matière défavorable, finit par vivoter, puis meurt (Bourbouze et
organique diminue la capacité de rétention en eau du sol Donadieu, 1987). Les parcours ne peuvent plus se régé-
et fragilise la stabilité de la structure rendant les sols plus nérer. Dans ce cas, la transhumance perd de son impor-
sensibles à l’érosion hydrique et éolienne. Ces effets conju - tance. La figure 2 montre également que les productions
gués contribuent à une plus grande érosion des sols déjà fourragères sont relativement moins liées à la pluviométrie
fragiles, car souvent de nature sablo-limoneuse (Photo 1). en Afrique du Nord. Au Sahel par contre, la pluie joue
Les particules fines arrachées sont reprises par les vents et un rôle plus important et se caractérise par une grande
alimentent les tempêtes de sables (Coudée Gaussen, 1999 ; variabilité spatio-temporelle qui détermine les niveaux
Grandi, 2010). de productivité (Mahamane et al., 2012). Il est intéressant
de remarquer que l’augmentation de la production est plus
La surface du sol, peu ou pas protégée par la végétation rapide et soutenue que celle des pluies (Fig. 3). En Afrique
et peu ou pas agrégée, subit localement l’impact des du Nord, une partie des superficies destinées à l’alimen-
gouttes à la faveur des rares pluies pour former des pelli- tation humaine est détournée au profit des cultures four -
cules de glaçage ou des croûtes de battance. La générali- ragères, plus rentables, ce qui pose un réel problème de
sation des encroûtements en particulier et de l’état de sécurité alimentaire. Le maintien des jachères s’explique
dégradation des sols en général, favorise le ruissellement en grande partie par leur rôle dans l’affouragement du
au détriment de l’infiltration et gêne la germination des cheptel. L’élevage rentabilise l’agriculture et Boutonnet
graines. D’un autre côté, ils peuvent avoir un côté positif
en protégeant le sol de l’érosion éolienne, ce qui montre
la complexité des facteurs écologiques à l’œuvre. Les élé -
ments fins de la surface du sol sont progressivement arra -
chés. Les sols deviennent de moins en moins profonds, ce
qui obère directement leur réserve utile et renfonce par
là même leur siccité : on parle d’aridité édaphique.
Notons enfin, parmi les nombreuses autres causes de
dégradation des terres, celle, importante, due à la cueillette
du bois de chauffe (Le Houérou, 1996).
gouvernance et caractéristiques
socio-économiques
L’augmentation de la population humaine, comme celle
du cheptel en zones pastorales, suit une courbe expo- Figure 2. Évolutions comparées de la populaiton, du cheptel,
nentielle alors que la progression des fourrages et de la de la pluviométrie et des productions agricoles en AFN
production agricole est très lente. Il y a une différence très Source : FAO
nette entre les périodes d’avant indépendance et celles post
indépendance. L’écart se creuse d’année en année et
devient structurel. Les modes d’élevages traditionnels
avaient des mécanismes de régulation (mortalité, épizoo -
ties…), et les effectifs étaient corrélés aux variations plu-
viométriques. En cas de sécheresse, les troupeaux, affamés,
sujets aux épizooties, étaient ainsi décimés, ce qui per-
mettait aux parcours leur reconstitution. Aujourd’hui les
grands éleveurs ont une grande autonomie financière, et
peuvent acheter les compléments fourragers en saison
défavorable (Dicko et al., 2006) maintenant ainsi le trou -
peau artificiellement en place. Comme cette alimentation
concentrée doit être complétée par des fibres grossières
(aliment de lest pour le transit intestinal), l’animal se rabat
sur la végétation pérenne qu’il délaisse d’ordinaire et peut Figure 3. Évolution de la population, du cheptel et de la pluviométrie
la détruire (Figure 2). La plante n’arrive plus à fabriquer en Afrique de l’Ouest.
suffisamment de substances de réserves pour la saison Source : FAO
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 51
organique diminue la capacité de rétention en eau du sol Donadieu, 1987). Les parcours ne peuvent plus se régé-
et fragilise la stabilité de la structure rendant les sols plus nérer. Dans ce cas, la transhumance perd de son impor-
sensibles à l’érosion hydrique et éolienne. Ces effets conju - tance. La figure 2 montre également que les productions
gués contribuent à une plus grande érosion des sols déjà fourragères sont relativement moins liées à la pluviométrie
fragiles, car souvent de nature sablo-limoneuse (Photo 1). en Afrique du Nord. Au Sahel par contre, la pluie joue
Les particules fines arrachées sont reprises par les vents et un rôle plus important et se caractérise par une grande
alimentent les tempêtes de sables (Coudée Gaussen, 1999 ; variabilité spatio-temporelle qui détermine les niveaux
Grandi, 2010). de productivité (Mahamane et al., 2012). Il est intéressant
de remarquer que l’augmentation de la production est plus
La surface du sol, peu ou pas protégée par la végétation rapide et soutenue que celle des pluies (Fig. 3). En Afrique
et peu ou pas agrégée, subit localement l’impact des du Nord, une partie des superficies destinées à l’alimen-
gouttes à la faveur des rares pluies pour former des pelli- tation humaine est détournée au profit des cultures four -
cules de glaçage ou des croûtes de battance. La générali- ragères, plus rentables, ce qui pose un réel problème de
sation des encroûtements en particulier et de l’état de sécurité alimentaire. Le maintien des jachères s’explique
dégradation des sols en général, favorise le ruissellement en grande partie par leur rôle dans l’affouragement du
au détriment de l’infiltration et gêne la germination des cheptel. L’élevage rentabilise l’agriculture et Boutonnet
graines. D’un autre côté, ils peuvent avoir un côté positif
en protégeant le sol de l’érosion éolienne, ce qui montre
la complexité des facteurs écologiques à l’œuvre. Les élé -
ments fins de la surface du sol sont progressivement arra -
chés. Les sols deviennent de moins en moins profonds, ce
qui obère directement leur réserve utile et renfonce par
là même leur siccité : on parle d’aridité édaphique.
Notons enfin, parmi les nombreuses autres causes de
dégradation des terres, celle, importante, due à la cueillette
du bois de chauffe (Le Houérou, 1996).
gouvernance et caractéristiques
socio-économiques
L’augmentation de la population humaine, comme celle
du cheptel en zones pastorales, suit une courbe expo- Figure 2. Évolutions comparées de la populaiton, du cheptel,
nentielle alors que la progression des fourrages et de la de la pluviométrie et des productions agricoles en AFN
production agricole est très lente. Il y a une différence très Source : FAO
nette entre les périodes d’avant indépendance et celles post
indépendance. L’écart se creuse d’année en année et
devient structurel. Les modes d’élevages traditionnels
avaient des mécanismes de régulation (mortalité, épizoo -
ties…), et les effectifs étaient corrélés aux variations plu-
viométriques. En cas de sécheresse, les troupeaux, affamés,
sujets aux épizooties, étaient ainsi décimés, ce qui per-
mettait aux parcours leur reconstitution. Aujourd’hui les
grands éleveurs ont une grande autonomie financière, et
peuvent acheter les compléments fourragers en saison
défavorable (Dicko et al., 2006) maintenant ainsi le trou -
peau artificiellement en place. Comme cette alimentation
concentrée doit être complétée par des fibres grossières
(aliment de lest pour le transit intestinal), l’animal se rabat
sur la végétation pérenne qu’il délaisse d’ordinaire et peut Figure 3. Évolution de la population, du cheptel et de la pluviométrie
la détruire (Figure 2). La plante n’arrive plus à fabriquer en Afrique de l’Ouest.
suffisamment de substances de réserves pour la saison Source : FAO
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 51

