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La dégradation des ressources naturelles au maghreb :

une menace permanente pour le développement agricole et rural








rudimentaire. Ces régions furent, même aux
époques anciennes, le lieu de civilisations qui se
sont déployées dans le Hodna en Algérie, dans le
omar BeSSaoud Centre et le Sud tunisien, à Marrakech, Fès ou
docteur en Sciences écono- Meknès au Maroc.
miques et diplômé supérieur en Le renversement de tendances orientées vers une
Sciences politiques (université de
montpellier) exploitation plus intensive des ressources, et au
administrateur scientifique et profit des régions plus humides et forestières, ne
enseignant-chercheur au CiHeam- s’est fait que tardivement avec les temps modernes
iam-montpellier (France) et l’usage d’outils plus perfectionnés (Despois,
Spécialisation dans les politiques publiques agricoles et rurales 1958). Les nouvelles formes de propriété et d’orga -
dans les pays méditerranéens. nisation sociale introduites par la colonisation
bessaoud@iamm.fr française ont entravé les pratiques de complémen -
tarités aux différentes échelles, intensifié les modes
d’exploitation et ainsi accentué en certains lieux
De vastes territoires agricoles au Maghreb sont la pression anthropique sur les ressources naturelles
soumis à l’aridité ou à la semi-aridité. Des données (Boukhobza, 1982). Dans les trois pays, les écosys -
paléo-écologiques ont montré que cette tendance tèmes ont été ainsi bouleversés assez rapidement,
à l’aridification de cette région date de quinze cents fragilisant et menaçant la base productive si un
ans (Davis, 2012), ce qui permet de relativiser le nouvel équilibre sociétés-milieux n’était pas trouvé.
rôle des sociétés nomades dans les changements
végétatifs et des dégradations qui leur ont été Depuis les indépendances, partout au Maghreb, les
attribuées (Gautier, 1937). Ces conditions agro- dynamiques démographiques conjuguées à des
climatiques ne constituaient pas une contrainte politiques de modernisation agricoles ou à des
insurmontable dans le cadre de sociétés tradition- stratégies de survie de populations rurales pauvres,
nelles, à une époque sans routes où de vastes espaces ont accéléré au cours des dernières décennies cette
communs permettaient la circulation des hommes dégradation de ressources naturelles rares que de
et des troupeaux. Dans un passé récent, le noma- timides mesures environnementales mises en œuvre
disme et l’agro-pastoralisme furent en effet les n’ont pu freiner.
formes les plus appropriées et les plus durables Cette dégradation du capital naturel entraîne la
d’exploitation des ressources disponibles. L’écologie désertification de plusieurs millions d’hectares et
et l’environnement des plateaux, des plaines sèches la perte de terres cultivables sous l’effet de facteurs
et des steppes convenaient assez parfaitement à la climatiques et anthropiques.
pratique de l’élevage extensif, et les bergers indi-
gènes comprenaient généralement les subtilités de Au Maroc, selon le plan d’action national de lutte
l’écologie locale lorsqu’ils planifiaient le mouve- contre la désertification, près de 64 % de la superficie
ment de leurs troupeaux et les géraient pour le plus agricole utile est soumise à un processus de dégra -
grand bénéfice des animaux et des plantes. La dation des terres. Les zones de montagne, oasiennes
végétation claire et basse était aisée à défricher, les et steppiques sont affectées par des phénomènes de
sols, légers, étaient faciles à ouvrir avec un simple désertification. Les parcours qui représentent près
araire, et ces espaces convenaient bien mieux que de 10 M d’ha sont fortement dégradés, et le domaine
ceux du tell forestier humide et aux sols plus lourds forestier s’amenuise du fait des défrichements. Si
à une société ne disposant que d’une technologie les zones irriguées sont également menacées par


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