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Crédit photo : Maud Loireau











Végétation naturelle avant et après une mise en défens d’un an : Commune de Ouarkhokh,
observatoire ROSELT/OSS du Ferlo, Sénégal (septembre 2015)


(1989) dans son ouvrage éponyme considère que la spé- Partout, les problèmes deviennent structurels, et les séche -
culation ovine en Algérie est un produit clé de la céréa- resses ne font que les exacerber. Les parcours se dégradent
liculture. Bourbouze (2006) montre que tant que le prix de plus en plus et les crises s’installent durablement. Afin
de la viande est au moins 10 fois supérieur à celui du de trouver des pâturages, les nomades explorent de nou-
fourrage, l’économie spéculative peut fonctionner. Le cas veaux territoires, surtout vers le sud sahélo-soudanien
échéant, l’élevage tout entier péricliterait, créant d’inso - plus humide (Dicko et al., 2006) occasionnant d’inévi-
lubles problèmes socio-économiques. La problématique tables conflits, parfois meurtriers. Les niveaux de vie
de la dégradation des parcours est donc intimement périclitent. L’émigration vers les grandes villes et vers les
liée aux performances de l’agriculture. Elle est pays plus riches reste une voie prioritaire. D’après les
politico-socio- économique avant d’être technique. statistiques de l’UNESCO, entre 1997 et 2020, environ
La solution passe par une refondation globale du système 60 millions de personnes ont déjà quitté et quitteront les
économique impliquant une agriculture plus performante, zones Sahéliennes désertifiées pour gagner le Maghreb et
autorisant un élevage plus intensif accompagnée d’une l’Europe. Trente et un pays, situés pour la plupart en
meilleure croissance économique permettant la reconver - Afrique et au Moyen-Orient, souffrent déjà d’un manque
sion des éleveurs (Hirche et al., 2013). chronique d’eau douce. La situation devrait considéra-

Au Sahel, c’est le défrichement et l’extension des cultures blement s’aggraver. D’ici à 2025, on prévoit que plus de
2,8 milliards de personnes de 48 pays connaîtront un stress
au détriment de parcours qui explique en premier lieu hydrique ou une véritable pénurie d’eau. D’ici à 2050, le
l’augmentation de la production même si les intrants (pes - problème concernerait 4 milliards de personnes de 54 pays,
ticides, fertilisants, machinisme…) subissent également soit environ 40 % de l’humanité (Ourplanet.com). Il appa -
une courbe ascendante (Fig. 3). rait que la désertification génère déjà une pauvreté chro -

En résumé, l’élevage et l’agriculture du continent Africain nique avec de graves conséquences sur la stabilité régionale
ont subi des mutations, notamment la pratique de la com - (des États), les mouvements de populations pouvant générer
plémentation (Dicko et al., 2006). des conflits et des restrictions à la frontière dont les pre-
mières victimes seraient les enfants et les femmes. Dans
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