Page 19 - La pandémie de la COVID-19
P. 19
La pandémie de la COVID-19 : un catalyseur
de nouvelles pratiques récréotouristiques
soutenables au Québec ?
Marina SOUBIROU–LAWIN-ORE Cet article propose une brève réflexion sur la potentielle accélération que la pandémie
de la COVID-19 pourrait générer dans la transition vers un développement humain
Marina Soubirou–Lawin-Ore est coordon- soutenable. Cette réflexion est illustrée par le questionnement de la soutenabilité de
natrice de recherche au sein du groupe en certaines pratiques actuellement émergentes dans le secteur récréotouristique au Québec
récréotourisme durable du CIRADD, un par suite des restrictions de voyage imposées en lien avec la COVID-19.
centre de recherche appliquée en dévelop-
pement durable situé au Québec. Titulaire Les chocs majeurs peuvent catalyser l’innovation
d’un doctorat en aménagement du territoire
de l’Université Grenoble Alpes, elle est L’innovation est le processus par lequel des solutions nouvelles sont adoptées
coordonnatrice du groupe thématique sur afin de répondre à un problème donné. Innover consiste à faire autrement et
le développement soutenable de la Human implique conséquemment de transgresser les habitudes ou encore les normes
Development and Capability Association et passées (Alter, 2000)1 – c’est-à-dire les conventions – car elles n’ont pas suffi
membre des comités éditoriaux de la Revue ou ne suffisent pas à répondre au problème posé : « Avant de définir de nou-
de géographie alpine et de la revue NAAJ – velles normes, l’innovation se trouve en conflit avec l’ordre établi, et avec
Revue africaine sur les changements les tenants de la norme. Le développement d’une nouvelle technologie de
climatiques et les énergies renouvelables. production, d’un nouveau produit agricole, d’une mode managériale ou
vestimentaire n’est jamais assuré du succès. Ils touchent en effet toujours, plus
ou moins profondément, aux structures sociales établies antérieurement, aux
normes et aux règles » (Alter, 2000 : 25-26). Les normes en tant que conven-
tions ont la particularité d’être très résistantes au changement si elles sont
suivies par l’ensemble d’une population (Boyer et Orléan, 2004)2, car ceux
qui en dévient, tels que les innovateurs, sont susceptibles de subir un « boycott
social » (Weber, 1995)3 de la part de la société. Ils peuvent être perçus comme
des « outsiders » auxquels « on ne peut faire confiance pour vivre selon les
normes sur lesquelles s’accorde le groupe » (Becker, 1985)4. Ainsi, Marie-
Louise Giraud a été guillotinée le 30 juillet 1943 en France pour avoir avorté
vingt-sept femmes à leur demande : « Cette pratique alors clandestine deviendra
pourtant un droit en France, trente-deux ans plus tard, avec la loi Veil du
17 janvier 1975 » (Soubirou, 2018 : 192-193)5. Elle constituera même une des
msoubirou@ciradd.ca 1. Alter, N. (2000). L’innovation ordinaire. Paris : Presses Universitaires de France.
2. Boyer, R. et Orléan, R. (2004). Persistance et changement des conventions, dans
A. Orléan (sous la dir. de), Analyse économique des conventions (243-272). Paris : Presses
Universitaires de France.
3. Weber, M. (1995). Économie et société / 1 – Les catégories de la sociologie. Paris : Plon.
4. Becker, H. S. (1985). Outsiders. Études de sociologie de la déviance. Paris : Éditions
Métailié.
5. Soubirou, M. (2018). L’engagement solidaire soutenable des entrepreneurs du peuple No TAV
bas-valsusain : analyse pragmatique d’un processus d’innovation sociale soutenable (thèse de
doctorat, Université Grenoble Alpes). Repéré à https://tel.archives-ouvertes.fr/
tel-01935991/file/SOUBIROU_2018_diffusion.pdf.
La pandémie de la COVID-19 : une opportunité pour développer des sociétés plus durables, justes, et résilientes 19

