Page 38 - La pandémie de la COVID-19
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dommageables. Selon le GIEC, les pays du continent De son côté, la prévention contre les risques sanitaires s’ins-
africain apparaissent comme les plus vulnérables et les crit pleinement dans le cadre des 17 Objectifs de dévelop-
moins résilients face aux effets du changement climatique pement durable4 (ODD) définis par l’ONU en 2015. Dans
(IPCC, 2018). L’enjeu est donc de taille, car avec un mil- ce cadre, l’ODD 3, axé sur la bonne santé et le bien-être,
liard d’habitants nouveaux en ville d’ici 2050, l’Afrique préconise de mettre l’accent sur un « financement plus efficace
doit relever le défi d’une urbanisation durable et résiliente. des systèmes de santé, l’amélioration de l’assainissement et de
Résiliente, car elle devra aussi s’adapter aux changements l’hygiène, un meilleur accès aux professionnels de santé et davantage
climatiques largement engagés. de conseils sur les moyens de réduire la pollution ambiante ».
Dès lors comment les pays du continent africain pour- Face à l’ensemble de ces enjeux, une question fondamen-
ront-ils se prémunir contre les risques interreliées de crise tale émerge : comment financer une telle transition et
sanitaire, de crise climatique et de perte de biodiversité ? selon quel schéma de coopération ?
Quelles sont les solutions qui permettront au continent
africain d’être plus résilient ? Au terme de la 21e Conférence des parties à la Conven-
tion des Nations Unies sur la lutte contre le changement
Face à l’urgence climatique, le Programme des Nations climatique, tenue à Paris en décembre 2015, les pays
Unies pour l’environnement préconise d’agir rapidement industrialisés se sont engagés à fournir annuellement, et
en privilégiant des trajectoires de développement écono- cela à partir de 2020, le montant « plancher » de 100 mil-
mique axées sur le développement durable. L’objectif étant liards de dollars pour aider les pays en développement à
d’encourager les pays à opérer une transition vers une lutter contre les bouleversements climatiques et à s’adapter
« économie verte et inclusive2 », caractérisée par un faible aux conditions nouvelles. Bien que ce montant soit bien
taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des en deçà des engagements5 initiaux, la particularité de cet
ressources et l’inclusion sociale. Cette transition est plus accord est qu’il intègre des investissements privés, des
que nécessaire en Afrique au regard des taux de croissance aides publiques internationales et des aides nationales
économique affichés par certains pays du continent. Selon (financements bilatéraux). Cette diversité de sources de
la Banque mondiale, en 2018, parmi les dix pays présentant financement a permis de faire évoluer le cadre institu
la plus forte croissance du PIB, six sont africains3. Dans tionnel du financement du développement. De nouveaux
le même temps, près de 645 millions d’Africains vivaient acteurs du développement tels que les institutions de
sans électricité en 2017, soit plus de la moitié de la popu- financement du développement, les organisations phi-
lation totale (IEA, 2014). Ainsi, les taux de croissance lanthropiques, les investisseurs privés avec impacts, les
élevés enregistrés récemment en Afrique ne se sont pas fonds souverains nationaux, les fonds de pension, les fonds
accompagnés d’une amélioration des conditions de vie des d’assurance ont ainsi émergé sur ces nouveaux champs
populations (BAD, 2018). Par ailleurs, on observe que d’opportunités d’investissement. Ainsi, le changement
cette croissance économique a été largement impulsée par climatique peut ne pas être vécu comme une contrainte
une exploitation massive des ressources naturelles subie, mais bien comme une opportunité d’investis
(CNUCED, 2012 ; Jedwab, 2011). Or, dans le contexte sement créant non seulement de la valeur, mais aussi
mondial actuel, marqué par les dérèglements climatiques, d’importants effets positifs sur la lutte contre la pauvreté
la maîtrise des impacts négatifs des activités humaines sur et les risques sanitaires. Ces nouveaux acteurs contri-
l’environnement constitue un enjeu majeur. buent à créer des conditions pour une diversité et une
sophistication des instruments financiers en faveur du
développement de projets de développement durable6.
2. C’est particulièrement durant la préparation de la Conférence des 4. https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-
Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) qui s’est developpement-durable/
tenue en juin 2012 que le concept d’économie verte assoit son
autorité (d’un point de vue institutionnel). L’idée est que l’éco- 5. Le rapport Oxfam évalue à environ 59,5 milliards de dollars par an
nomie verte doit s’inscrire dans une logique de développement en 2017-2018 l’engagement des pays industrialisés à aider les pays
durable et d’élimination de la pauvreté. Trois ans plus tard, le en développement à lutter contre les bouleversements climatiques.
PDD-H2030 et ses 17 ODD apparaissent comme le nouvel agenda Voir : https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/
mondial venant compléter le concept d’économie verte. bp-climate-finance-shadow-report-2020-201020-fr.pdf
3. https://www.courrierinternational.com/article/6-des-10-pays-la- 6. Ces instruments financiers contribuent au financement climatique
plus-forte-croissance-en-2018-sont-africains bien qu’ils complexifient ce dernier.
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